Conflits Sans Violence

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Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
22/07/2017 n 22:52
DESARMEMENTn Article n°71.1 n 14/07/17 n 08:04 n Editeur : csv
14 juillet 2017
Traité d'interdiction des armes nucléaires - Hervé de
Trucchis invite à réouvrir le débat


Sous le titre "Retourner le biquet" (nom du fromage de chèvre), Hervé de Truchis (venu en conférence à Rodez le 21 mars 2016) réagit aux conséquences du traité d'interdictions des armes nucléaires voté par L'ONU le 7 juillet et soumis à la ratification des états :

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Après le vote du 7 juillet de l’ONU sur l’interdiction des armes nucléaires,
il faut débattre démocratiquement de l’abandon de la dissuasion nucléaire


"Dans le film d’Oliver Stone, Conversations avec Poutine (1), on entend ce dernier dire Nous avons beaucoup trop d’armes nucléaires, c’est très dangereux. On sait qu’Obama pensait de même sur ce sujet et souhaitait que le désarmement nucléaire se poursuive. Le 7 juillet 2017 a été adopté par l’ONU le Traité d’interdiction des armes nucléaires, élaboré par 135 états. Ce traité devrait imposer à la Nouvelle Assemblée Nationale française de le ratifier et de bannir toutes nos armes nucléaires de nos arsenaux. Le Traité interdit à tout Etat de s’engager dans le développement, le test, la production, la fabrication, la possession ou le stockage d’armes nucléaires ou d’autres dispositifs nucléaires explosifs. De même il interdit à tout Etat de s’engager à utiliser ou à menacer d’utiliser les armes nucléaires ou d’autres dispositifs nucléaires explosifs. Je pense que les armes à uranium appauvri (U238) sont comprises dans le champ d’application de ce traité au titre de dispositifs nucléaires explosifs. Le traité a été signé par 122 voix pour, 1 contre, 1 abstention.

L’origine de ces négociations remonte au 23 décembre 2016 où le vote de la résolution L41 à l’Assemblée Général des Nations Unies (AGNU) à une large majorité a ouvert la voie à une conférence ayant pour objectif la négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaire en vue de leur élimination complète (2).

Comment se fait-il qu’imperturbablement la France reste absente de ces négociations, et pire qu’elle les condamne, ainsi que les 8 autres Etats possédant des arsenaux ucléaires ? Que ce soit sous Sarkozy, Hollande et maintenant Macron, la dissuasion nucléaire, l’entretien et le perfectionnement des armes nucléaires ne sont l’objet d’aucun débat devant la représentation nationale. Bien pire, après l’adoption de ce Traité ONU du 7 juillet, la France, les USA et le Royaume Uni ont signé un communiqué commun disant que ce texte méprise clairement les réalités de l’environnement sécuritaire international. Beaucoup penseront que c’est ce genre d’ignorance des dangers du nucléaire militaire manifestée par cette réaction qui est méprisable. Pourtant quand on les interroge, les français ont un avis sur la question : en 2012 un sondage (fait à l’initiative de Mouvement de la Paix, Témoignage Chrétien, Parti Communiste Français, Gubbio) indiquait que plus de 80% des sondés étaient pour l’abandon complet de notre dissuasion nucléaire et pour arrêter de poursuivre la recherche sur ces armes et leur perfectionnement. Laisser les décisions entre les seules mains de certains militaires et de politiques (qu’est-ce que connaît Macron de ces questions ?) est dangereux : nous devons donner notre avis après avoir été informés par des débats sérieux, documentés et ouverts. Nous devons réclamer ces débats.

Le président Macron, reprenant en cela son prédécesseur, a indiqué que le budget de la défense devrait monter à 2% du PIB, comme certains stratèges militaires qui affirment : avec 2% du PIB nous serons bien défendus. Comme si l’argent est le seul critère de sécurité ! Alors qu’il apparaît de plus en plus clairement aux opinions publiques et à certains chercheurs que les armes nucléaires sont complètement inadaptées aux conflits actuels tout en restant très dangereuses. C’est à juste titre que le texte introductif du traité dit que les armes nucléaires ne doivent être utilisées en aucune circonstance, rejetant l’hypocrite et irréaliste excuse (à leur emploi) « sauf en cas de légitime défense ».

On peut espérer que ce traité va pousser la France à réviser complètement sa stratégie de dissuasion nucléaire obsolète, coûteuse, inefficace et dangereuse. Le projet d’augmenter de 3.5 à 6 milliards d’euro/an d’ici 2020 la modernisation et l’entretien des armes nucléaire de la dissuasion est une folie qui va contre l’histoire et la raison. La France doit ratifier ce traité sans tarder.

S’inquiéter d’un tir de missile, possiblement intercontinental, par la Corée du Nord permet au complexe militaro-industriel de maintenir la pression : il ne faut pas baisser les bras, l’arme nucléaire est notre garantie de survie (qui veut nous attaquer ?), nous place parmi les grands…et autres slogans surannés (plus commerciaux que raisonnés). Pendant que Trump fait parader ses bombardiers dans les parages des Corées…alors que personne, mais vraiment personne n’imagine une seule seconde que la Corée du Nord menace les Etats-Unis. Se rappelle-t ’on que le traité de paix entre les deux Corées n’a toujours pas été signé depuis plus de 60 ans après un conflit (1.5 millions de morts), où le Nord était soutenu par l’URSS, le Sud par les USA, ce qui permet aux USA d’entretenir une base militaire en Corée du Sud, et donc maintient une tension inutile entre les deux régimes. Ainsi les agissements des grands dans cette région sont exactement à l’inverse d’une recherche efficace de paix.

Comparaison n’est pas raison, mais pour me faire comprendre…Quand le fromage de chèvre, le biquet, est mis à sécher dans une claie grillagée, il faut le retourner régulièrement, sinon il moisit par la base et est immangeable. La dissuasion nucléaire est moisie par sa base, trop longtemps assise sur des certitudes non remises en question. Il faut retourner le biquet."

Hervé de Truchis, 9 juillet 20172017
Auteur de Désarmement nucléaire/urgence, la guerre nucléaire est commencée
L’Harmattan 2014


(1) : Diffusé sur France 3 le 28 juin 2017

(2) : Voir la Note d’analyse du 12 juin 2017 de Jean-Marie Collin, chercheur au GRIP, Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité et directeur France et pays francophones du Réseau international des Parlementaires pour la non-prolifération nucléaire et le désarmement.
Edité par csv, le 14/07/17 à 08:54

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