Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
24/04/2019 n 08:45
DESARMEMENTn Article n°25.1 n 11/12/14 n 18:15 n Editeur : csv
12 décembre 2014
Pierre Dufour : que faire face aux armes nucléaires ?

« Construire la paix aujourd'hui », tel était le thème de la soirée organisée par le MAN Aveyron à la Doline (Sébazac) dans le cadre de la quinzaine de la Non–Violence, en présence de Pierre et Martine Dufour.

Cent après de début de la première guerre mondiale que nous avons abondamment commémoré, que faisons-nous concrètement aujourd'hui pour travailler à la paix ?


Cette soirée s'est déroulée en deux parties complémentaires :

I) « Que faire face à l'arme nucléaire ? » avec Pierre Dufour, ancien officier ayant quitté l’armée de l’air et membre du Comité de pilotage de la campagne du MAN pour une "France sans armes nucléaires » (Compte-rendu ci-dessous).

II) « Intervention Civile de paix dans les Balkans : reconstruire la paix en restaurant le dialogue », avec Martine Dufour, membre du comité « Equipe de paix dans les Balkans et auteur d’un ouvrage sur cette expérience qui s'est déroulée au Kosovo après la guerre de 1999.

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« Que faire face à l'arme nucléaire ? »

1) Dissuasion nucléaire : l'idéologie officielle

Sous forme d'un petit jeu de rôle inattendu et humoristique, Pierre Dufour a démarré la soirée en prenant le costume d'un représentant du ministère de la défense venu nous enseigner la doctrine officielle de la dissuasion nucléaire...

« Elle a été voulue par Charles de Gaulle pour que la France rayonne sur le monde et participe au conseil de sécurité de l'ONU.

Nous vivons dans un monde dangereux, la paix n'est jamais acquise et nos intérêts n'ont pas de frontières.

Avec nos 96 ogives en état d'alerte permanente, de chacune une capacité de destruction de 10 fois Hiroshima, nous formons une puissance respectable.

Toute agression par une puissance extérieure entraînerait pour l'agresseur une destruction sans commune mesure avec leurs intérêts.

Ces armes sont crédibles et même en cas de « non emploi » car elles sont en permanence en situation d'être utilisée à bord de l'un ou l'autre de nos sous-marins nucléaires qui patrouillent en mer. De plus nous les modernisons en permanence.

Et si l'adversaire ne nous croit pas, nous pourrions faire, comme le proposait Nicolas Sarkozy, des « tirs d'avertissement »

Grâce à elles nous vivons dans monde de paix. Et nous avons obtenu la chute du mur de Berlin !

Elles font vivres les fleurons de nos grandes entreprises, comme Vinci, Thompson, Areva ou Dassault.

Elles permettent 300 000 emplois et font vivre plus de 800 PME !

Elles nous aident à promouvoir nos ventes d'armes grâce auxquelles nous sommes le 4ème vendeur d'armes dans le monde !

Elles occasionnent de nombreuse retombées dans l'industrie civile.

Elles renforcent nos compétences dans le domaine de l'énergie nucléaire civile, grâce à laquelle nous produisons, avec 58 centrales, 77 % de notre « énergie primaire ».

Elles font donc de la France une puissance enviée et remarquée et comme disait encore Nicolas Sarkozy, la dissuasion est l'assurance vie de la France ! »

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Pierre Dufour... dans le rôle du représentant du Ministère de la défense nationale !



2) Questions et interrogations des participants

Par petits groupes, les participants, inégalement sensibilisés à ces questions et à la non-violence, ont tenté d'échanger face à cette doctrine trop souvent entendue et de dire par groupe : qu'est-ce qui nous pose question ? Quelles sont nos remarques ? En voici quelques unes :

- Comment casser ces certitudes ? Comment rompre avec ce discours dont on est imprégné ? Que pourrait-il y avoir de différent ?

- L'arme nucléaire pouvait être dissuasive en 1945, où l'on se combattait État contre État. On en avait vu les dégâts au Japon, mais aujourd'hui, ce serait pour se défendre contre qui ?

- C'est vrai que c'est « dissuasif » mais a-t-on vraiment besoin de tout cela ? Est-ce si sûr ?

- L'arme nucléaire est une arme de défense inter-États mais aujourd'hui 9/10 des conflits ne sont plus de ce type.

- Si la recherche militaire apporte des retombées dans la recherche civile, pourquoi ne pas chercher directement dans celle-ci ? Faut-il continuer à armer tous ces sous-marins pour avoir des progrès en médecine ?

- Quelles ressources pourraient bien convoiter chez nous une puissance qui menacerait de nous envahir ?

- Est-ce que tous ces moyens ne seraient pas mieux utilisés pour des armes conventionnelles ?

- La peur existe tout comme notre besoin de sécurité. Comment y répondre ? Comment exprimer cette peur et chercher comment répondre à ce qui nous fait peur ?

- Dans la multitude des conflits actuels, de quoi ces armes dissuadent-elles ?

- Ce qui nous gênent : nous avons ces armes et nous ne voulons pas que les autres les aient ! Et comme ces armes sont de plus en plus faciles à fabriquer, elles pourront un jour tomber dans les mais de n'importe quel illuminé.

- Y a t-il réellement démilitarisation aujourd'hui et une volonté de freiner la course aux armements ?

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"C'est vrai que c'est « dissuasif » mais a-t-on vraiment besoin de tout cela ? Est-ce si sûr ?"


3) Ancien officier, pourquoi j'ai quitté l'armée de l'air

Avant de répondre à ces questions, Pierre Dufour résume quelques éléments de son parcours de vie qui éclairent ces choix autant que les questions posées : Pourquoi il a quitté l'armée de l'air ? Pour quoi il se bat aujourd'hui ?

Je rêvais d'être astronaute et je suis entré à l’École de l'air afin de pouvoir accéder à cette spécialité. Mais jugé « médicalement inapte » je n'avais pas d'autre avenir que de devenir... ingénieur mécanicien.

Ma vie adulte a ensuite commencé par la guerre d'Algérie. J'y étais allé innocent. J'ai découvert là-bas les aspects négatifs du colonialisme et les aspects sordides de la Violence des États, qu'elle soit politique ou militaire.

J'ai entendu parler de la torture te de la « corvée de bois » (où l'on envoyait les prisonniers encombrants avant de leur... tirer dans le dos).

J'étais à Oran dans une période où il y a eu beaucoup d'attentats. J'ai vu beaucoup de morts déchiquetés dans les morgues. C'était choquant et ça m'a fait mûrir.

J'ai été condamné à mort par l'OAS et l'on m'a fait rentrer en France. Je n'ai dû ma survie qu'à un camarade pied-noir avec qui j'avais eu de bonnes relations.

De là est née ma conviction viscérale que la Violence ne résout aucun conflit.

Je me suis marié, ai eu des enfants, mais j'étais toujours à l'armée de l'air. En mai 1968, on m'a envoyé au centre de Mont-de-Marsan suivre les essais de missiles porteurs de têtes nucléaires à Biscarosse.

C'était incompatible avec ce qu'étaient devenues nos convictions. Les nations-unies venaient d'écrire en 1961 que l'utilisation des armes des destruction massives était un crime contre l'humanité et la civilisation ». Et Rome avait repris cette condamnation en 1965.

J'ai donc quitté l'armée de l'air.

On s'est orienté vers la coopération et j'ai obtenu un poste d’enseignant à Ouagadougou. Atteint par la maladie, j'ai été arrêté durant quelques mois que j'ai mis à profit pour lire : Gandhi, César Chavez, Jean-Marie Muller. C'est là que j'ai découvert le MAN. Cela a fixé pour moi une nouvelle conviction.

Ensuite on a continué à bourlinguer dans le monde où nous avons découvert que si les gens sont pauvres, ils portent en eux une richesse humaine, de l'humour et le sens de la solidarité.

J'ai continué à m'intéresser à la résistance civile non-violente et avec le MAN, on s'est beaucoup intéressé à ce qui se passait au Kosovo.

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Martine et Pierre Dufour


4) Au sujet des armes nucléaires

A l'aide de quelques diapositives, Pierre Dufour explique ce que sont vraiment les conséquences de l'utilisation d'une arme nucléaire avant de tenter de répondre aux diverses questions et d'engager le débat avec la salle :

Notre expérience de la Bombe : La première expérience que nous avons de la bombe atomique, ce sont les explosions de Hiroshima et de Nagasaki en 1945 :

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Une arme abominable et insupportable


Elles ont eu des effets désastreux, elles ont tout rasé. Ne restaient que ruines et cadavres calcinés. Elles ont montré combien l'emploi de cette arme était abominable et insupportable, et plus encore la deuxième bombe thermonucléaire lancée comme test.

Simulation : Pour bien se rendre compte des effets d'une bombe atomique, la photo ci-dessous montre les effets qu’aurait une de nos bombes (10 fois la puissance de celle d’Hiroshima), si elle tombait sur Paris : on compterait 1,4 millions de morts, 1,8 millions de blessés et 1,8 millions de réfugiés. Sans compter les innombrables cancers et malformations comme celles qu'on subies et subissent encore aujourd'hui les survivants du Japon et leurs descendants :

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Et si une de ces bombes tombait sur Paris ?


Ce serait la mort ou la souffrance d’une multitude de civils et d'innocents. Cela illustre bien cette notion de « crime contre l'humanité ».

Ce qu'on nous dit devoir à la bombe : On nous dit que grâce à la bombe, on n'a pas eu de guerres depuis 70 ans. Mais c'est sans compter les dizaines de guerres et les millions de morts qu'il y eu depuis lors dans le monde.

La chute du mur de Berlin ou du rideau de fer doit peu à la bombe atomique mais beaucoup plus aux mouvements qui ont agi de l'intérieur, comme la résistance tchèque ou allemande de l'est ou Solidarnosc.

Face au terrorisme ? Face à Daesh, ou à des gens dissimulés dans la population  l'arme nucléaire n’a aucune efficacité.

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Une arme totalement inefficace face au terrorisme


Nucléaire civil et militaire : Les industries nucléaires civile et militaire sont étroitement imbriquées. Ce qui fait que malgré l'accident de Fukushima, on tarde à prendre les décisions qui accéléreraient la fermeture des centrales.

Les besoins de la recherche : On a aujourd’hui un très grand besoin de recherche dans le domaine des énergies douces. Le renoncement à la dissuasion nucléaire pourrait libérer le budget pour faire ces recherches.

Est-on en train de désarmer ? Il faut savoir qu'aujourd'hui, la France continue à moderniser ses armes, comme par exemple avec les techniques de simulation du Laser Méga Joule, qui à ce jour a déjà coûté 7 milliards d'euros. Et ce en dépit que nous ayons signé le Traité de Non-Prolifération (TNP) par lequel nous nous sommes engagés à détruire progressivement nos armes et non à les moderniser...

Injustice : Le fait que nous nous autorisions à posséder ces armes pour garder notre suprématie militaire et que nous l'interdisions aux autres est vécu comme une très grande injustice avec deux poids et deux mesures.

Que faire ? : dire à nos élus : « je veux le désarmement nucléaire de la France dans les plus brefs délais ». Car ne rien dire, c’est soutenir la politique de dissuasion, donc l’usage des armes nucléaires ; or collaborer à un crime est un crime » C’est ce que j’ai dit au colonel commandant la base aérienne d’Istres, d’où peuvent décoller des avions porteurs d’armes nucléaires.

Peur : c'est vrai que dans notre monde brutal et violent, on a tous peur. On se terre chez soi au lieu de faire l'inverse ! Au contraire, allons discuter avec ceux qui ne sont pas d'accord avec nous. Plus on le fait, plus on s'y entraîne (avec des exercices pour mieux comprendre nos émotions, avec des jeux de rôle, du théâtre forum...), et plus on devient fort.

Pour approfondir, voir le site du MAN :

"France sans armes nucléaires"


Signer la pétition du MAN



Edité par csv, le 12/12/14 à 19:05

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