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26/04/2019 n 00:30
DESARMEMENTn Article n°15.1 n 19:07 n 24/03/14 n Editeur : csv
26 mars 2014
Les peuples du Pacifique se mobilisent contre les armes
nucléaires


Dans le cadre de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN), vient d'être publié le document "Interdire les armes nucléaires, une perspective du Pacifique" , traduit par Bruno Barillot. Ce document fait le point sur conséquences des essais nucléaires dans cette région du monde, menés par les Etats-unis, la Grande Bretagne et la France et sur les prises de position des élus, des victimes et de la société civile, peu relayés en occident. Quelques extraits :

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La lutte pour un Pacifique indépendant et sans nucléaire

En 2014, les insulaires du Pacifique marqueront le 60ème anniversaire de l’essai nucléaire « Bravo » sur l’atoll de Bikini dans les îles Marshall. Cet essais nucléaire atmosphérique du 1er mars 1954 , a répandu des retombées radioactives sur les îles habitées. Aujourd’hui, cette date est commémorée à travers toute l’Océanie comme la « Journée pour un Pacifique indépendant et sans nucléaire ».

Depuis le début de l’ère nucléaire , les îles du Pacifique ont été utilisées pour le développement et la prolifération des armes nucléaires. En août 1945, l’avion Enola Gay a quitté l’île de Micronésie de Tinian pour transporter la bombe atomique jusqu’à Hiroshima. L’année suivante, les États-
Unis ont commencé à tester des armes nucléaires dans les îles Marshall. Au cours des cinq décades suivantes, plus de 315 essais nucléaires ont été effectués dans la région par la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis.
À la recherche d’espaces « vides », les puissances occidentales ont choisi de conduire les programmes d’essais nucléaires de la guerre froide dans le désert de l’Australie centrale ou sur les atolls isolés du Pacifique central et du sud. Des centres d’essais de missiles dans le Pacifique continuent de servir d’infrastructure pour le développement des missiles balistiques intercontinentaux qui sont des composants essentiels des préparatifs de la guerre nucléaire.

Une opposition de longue date de la société civile

Aujourd’hui, de nombreuses communautés du Pacifique vivent avec les conséquences sanitaires et environnementales de ces essais nucléaires. Les témoignage des survivants nucléaires du Pacifique ont renforcé les profondes préoccupations face aux conséquences humanitaires des armes nucléaires et provoqué un large soutien populaire pour un monde exempt d’armes nucléaires. Depuis les années 1950, les Églises, les syndicats, les organisations de femmes et les chefs traditionnels des communautés insulaires ont fait campagne pour mettre fin aux essais nucléaires et pour l’abolition des armes nucléaires.

Depuis leur accession à l’indépendance des puissances coloniales, les gouvernements du Pacifique ont également exprimé leur soutien en faveur du désarmement nucléaire.
Au plus fort de la course aux armements américanosoviétique, en 1985 le jour anniversaire d’Hiroshima, les membres du Forum du Pacifique Sud ont signé et ratifié le Traité du Pacifique Sud comme zone exempte d’armes nucléaires, qui fut une importante contribution régionale au désarmement nucléaire mondial.
Après la fin des essais nucléaires dans la région, en 1996, de nombreux gouvernements insulaires du Pacifique ont continué à soutenir les efforts internationaux en matière de désarmement nucléaire. À l’Assemblée générale des Nations Unies et lors des sommets internationaux, les pays du Pacifique ont voté en faveur des résolutions appelant à un traité mondial interdisant les armes nucléaires.

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Une menace qui pèse encore sur l’humanité

Aujourd’hui des milliers d’armes nucléaires restent dans le monde — plus de deux décennies depuis la fin de la guerre froide. Alors qu’elles ont la plus grande capacité destructrice de toutes les armes, elles sont les seules armes de destruction massive qui n’ont pas encore été interdites par une convention internationale. L’explosion d’une seule bombe nucléaire sur une grande ville pourrait tuer plus d’un million de personnes. L’utilisation de dizaines ou de centaines de ces armes pourrait perturber le climat de la planète, provoquant l’effondrement généralisé de l’agriculture et la famine.

Quelque soit l’ampleur de l’attaque, une réponse
humanitaire adéquate ne serait pas possible. Étant donné les effets catastrophiques des armes nucléaires, leur interdiction et leur éradication reste la seule ligne de conduite responsable. L’interdiction mondiale des armes nucléaires est attendue depuis longtemps et peut être atteinte dans un proche avenir s’il y a suffisamment de pression de l’opinion publique et des dirigeants politiques. Une interdiction non seulement rendrait illégales l’utilisation et la possession des armes nucléaires par les États, mais elle ouvrirait également la voie à leur élimination complète. Les États pourront atteindre cet objectif de l’abolition en commençant à négocier dès maintenant une interdiction. Les pays insulaires du Pacifique, dont les habitants ont vécu en premier les effets dévastateurs des armes nucléaires, doivent être à l’avant-garde d’un tel effort.

La résistance aux essais et à la fabrication des armes nucléaires

Depuis le début de l’ère nucléaire, des mouvements de protestation ont eu lieu à travers les îles du Pacifique contre les armes nucléaires. Il y a eu des manifestations antinucléaires en Polynésie française dans les années 1950, lorsque le leader tahitien Pouvanaa a Oopa — un vétéran de l’armée française dans les deux guerres mondiales — recueillait des signatures pour l’Appel de Stockholm contre l’arme atomique.

En 1954, les îles Marshall ont déposé une requête auprès du Conseil de tutelle des Nations Unies pour s’opposer aux essais nucléaires des États-Unis qui demandait que « cessent immédiatement toutes les expériences avec des armes létales dans cette région ». Elle constatait que les populations avaient « non seulement peur du danger de ces armes meurtrières pour les personnes », mais « qu’elles étaient également concernées en raison du nombre croissant de gens évacués de leurs terres ».

En 1956, après l’annonce du gouvernement britannique du début de ses essais nucléaires aux îles Christmas, les Samoa occidentales ont demandé au Conseil de tutelle de mettre fin aux essais (à l’époque, Samoa était encore un territoire sous tutelle de la Nouvelle-Zélande).

La même année , le Conseil de l’île de Rarotonga a présenté un rapport au Conseil législatif des îles Cook, exprimant son inquiétude et demandant « que la zone d’essai soit éloignée à une plus grande distance des îles Cook ».

En 1957, le journal fidjien Jagriti note : « Les pays qui font des essais de ces bombes dans le Pacifique devraient prendre en considération la valeur de la vie des personnes qui vivent dans cette partie du monde. Ce sont aussi des êtres humains, pas des “cobayes”. »

En 1975, la Conférence des Églises du Pacifique se joignait à l’Association des jeunes femmes chrétiennes de Fidji et au groupe antinucléaire « Contre les essais à Moruroa » (ATOM) pour accueillir la première conférence « Pour un Pacifique sans nucléaire » à Suva (Fidji). L’objectif du désarmement a été associé au droit à l’autodétermination par le délégué des Nouvelle-Hébrides qui déclara que « l’objectif principal de cette conférence est de mettre fin aux essais nucléaires dans le Pacifique , mais plus nous en discutons, plus il devient évident que la cause principale est le colonialisme ».

En 1980, le mouvement pour un Pacifique indépendant et sans nucléaire (NFIP) a créé un secrétariat à Hawaii — le Pacific Concerns Resource Centre. Le mouvement NFIP mène des campagnes contre les essais nucléaires, l’immersion de déchets nucléaires dans l’océan Pacifique, le transport de matières nucléaires dans les zones de pêche des îles du Pacifique et contre l’extraction de l’uranium sur les terres autochtones. Dans les années 1980, les Églises, les syndicats et les organisations communautaires ont agi avec succès pour la création d’une zone dénucléarisée du Pacifique Sud et ont soutenu les législations antinucléaires dans des pays tels que le Vanuatu, Palau et la Nouvelle-Zélande.

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Aujourd’hui, une forte opposition de la société civile

Même après la fin des essais nucléaires français en 1996, des groupes de citoyens ont continué à faire campagne contre la prolifération nucléaire, appelant les puissances nucléaires à considérer les conséquences sur la santé et l’environnement des essais nucléaires du passé. D’anciens membres des personnels militaires et civils qui étaient sur les sites d’essais nucléaires dans le Pacifique continuent à faire campagne pour le nettoyage des îles et l’indemnisation des personnes affectées par l’exposition aux radiations.

Les gens des pays concernés ont accru leurs campagnes d’actions au cours des dernières années :

- les soldats et les marins fidjiens cherchant à obtenir des indemnisations pour les conséquences des essais nucléaires sur l’île Christmas,

- le lobbying de Moruroa e tatou, qui rassemble les anciens travailleurs des sites d’essais de Moruroa et Fangataufa, pour obliger la France à faire voter une loi d’indemnisation ;

- les vétérans australiens des essais atmosphériques à Maralinga, à Emu Field et aux îles Monte Bello mènent des campagnes pour des droits à pension de la part des gouvernements australien et britannique,

- et enfin, le gouvernement des îles Marshall dépose une procédure pour « changement de circonstances » auprès du Congrès des États-Unis, visant à obtenir une revalorisation du niveau des indemnités prévues par les États-Unis pour les dommages causés aux personnes et aux biens par les essais nucléaires américains.


Marshall : Les survivants des essais nucléaires prennent la parole

Alors qu’elle vivait sur l’atoll de Rongelap dans les îles Marshall, Rinok Riklon avait seulement 14 ans lorsque les États-Unis ont procédé à un essai nucléaire sur l’atoll de Bikini voisin. Elle a été atteinte par les retombées radioactives de l’essai nucléaire « Bravo » qui a eu lieu le 1er mars 1954.

« Les gens jouaient avec les retombées qui tombaient du ciel », dit-elle. « Nous les avons mis dans nos cheveux comme si c’était du savon ou du shampoing. Mais plus tard, j’ai perdu tous mes cheveux à cause de ça. »

L’essai Bravo a répandu des retombées dans toute la région nord des îles Marshall et il a été le plus important jamais effectué par les États-Unis. On estime qu’il a été 1 000 fois plus puissant que les explosions d’Hiroshima et de Nagasaki.

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Compensations insuffisantes

En vertu d’un accord entre les États-Unis et les îles Marshall, le « Tribunal des réclamations nucléaires » a été créé pour indemniser les dommages à la santé et aux biens du fait des essais nucléaires américains effectués entre 1946 et 1958.

Ce tribunal a rendu de nombreuses décisions pour les gens de Bikini, d’Enewetak, de Rongelap et d’autres atolls, mais les fonds sont insuffisants pour régler les nécessaires compensations. Jusqu’à présent, seulement 150 millions de dollars ont été versés et le gouvernement américain doit encore plus de 2,3 milliards de dollars à la population des îles Marshall.

Malgré une réclamation officielle auprès du Congrès américain en 2000, le gouvernement américain a refusé d’allouer une indemnisation complémentaire pour répondre aux décisions rendues par le Tribunal des revendications nucléaires.

En exil, depuis 60 ans Lemyo Abou vivait aussi sur Rongelap au moment de l’essai « Bravo » de 1954. « Immédiatement notre eau potable est devenue jaunâtre et la nourriture était amère et insipide », dit-elle. Au fil du temps, elle s’est jointe à d’autres villageois qui ont dû quitter les atolls du nord pour les îles plus importantes de Kwajalein et de Majuro. Mme Abou, maintenant âgée de Marshall : Les survivants des essais nucléaires prennent la parole 70 ans, aspire au jour où elle pourra rentrer sur son atoll natal. Cependant, seulement un quart de Rongelap a été « réhabilité » et sécurisé pour y habiter, tandis que le reste de l’atoll reste contaminé par des radionucléides comme le césium-137. Six décennies après l’essai « Bravo », la population vit encore en exil, loin de son île natale.

Nerje Joseph est un autre survivant nucléaire de Rongelap. Il espère que les États-Unis « répareront les torts » qu’il a subis. « On nous avait promis une compensation et il n’y a pas le compte », dit-il. « Le Tribunal des réclamations nucléaires a évalué le montant, mais nous n’avons pas reçu un sou. Nous sommes quelques uns qui restent de la génération qui a vu les essais et en a subi les conséquence. Les États-Unis ne devraient pas nier leur responsabilité morale et nous indemniser alors que nous sommes encore en vie. Nous ne voulons pas que les générations futures aient à souffrir comme nous. »


L'action des gouvernements

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Au cours des dernières années, les gouvernements du Pacifique ont appelé à une action sur les armes nucléaires à l’ONU et lors des sommets internationaux sur le désarmement. De nombreux États insulaires du Pacifique, notamment les îles Salomon, la Papouasie- Nouvelle- Guinée, Samoa, Tonga, Tuvalu et le Vanuatu, ont voté en faveur des résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies appelant à un traité d’interdiction des armes nucléaires :

« Il est difficile de comprendre pourquoi, après bientôt un demi-siècle de Traité de non-prolifération, il n’y a pas davantage de progrès dans son engagement pour un monde sans armes nucléaires. »

– John Key, Premier ministre de Nouvelle-Zélande, 2013

« En tant que pays épris de paix, les îles Salomon s’unissent aux efforts pour un monde exempt d’armes nucléaires. Les essais nucléaires ont vu des peuples déplacés dans le Pacifique et des populations continuent de souffrir de leurs effets sur la santé et le système génétique. Les essais nucléaires ont également contaminé l’environnement. Nous
sommes d’avis que les armes nucléaires n’apportent pas la sécurité des personnes, mais sont une menace pour l’humanité. »


– Christopher Laore, ministre de l’Intérieur, îles Salomon, 2013

« J’apporte mon soutien ... pour un engagement commun pour interdire et éliminer les armes nucléaires et assurer la sécurité des êtres humains à travers le monde. »

– Iolu Johnson Abil, Président du Vanuatu , 2012



Voir aussi la position et la campagne du MAN : "Libérons la France des armes nucléaires"
Edité par csv, le 26/03/14 à 08:05

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