Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
23/01/2018 n 06:00
INTERNATIONALn Article n°324.1 n 07:14 n 17/01/18 n Editeur : csv
18 janvier 2018
Al Weiwei : La tragédie des réfugiés est une situation
de guerre


"Il faudrait une révolution qui renverse ce système. La France, ayant une tradition révolutionnaire, peut-être que le mouvement pourrait partir de la France." Al Waiwai

Dans "le Progrès" du 14 janvier 2018, l’artiste et dissident chinois Ai Weiwei s'exprime sur la trégédie des réfugiés dans le monde. Il a filmé pendant un an la tragédie des migrants partout dans le monde. Il lance un cri d’alarme sur le sort des réfugiés. Avec Human flow, Al Waiwai figure aux Oscars 2018 sur la liste du meilleur documentaire :

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Ai Weiwei. Photo Laurent KOFFEL


Filmé dans 40 camps de réfugiés dans 23 pays, Human flow interpelle sur la crise migratoire.

Ce voyage documentaire était-il fait pour éveiller les consciences ?

« Au début, je souhaitais simplement en savoir davantage sur les migrants, connaître plus exactement la situation. Je suis parti en Grèce sur l’île de Lesbos en mer Egée, où affluent des exilés qui s’entassent dans des camps. J’ai vu arriver un rafiot chargé de migrants venus de Syrie, parmi lesquels des enfants et des personnes âgées. J’ai commencé à les filmer avec mon téléphone portable et j’ai ensuite décidé de revenir poser là mon studio pour continuer à tourner. J’ai pensé que ce travail avait un sens, qu’il fallait faire quelque chose ».

La tragédie des migrants apparaît comme une affaire entre l’Afrique et l’Europe. Or, vous montrez qu’elle s’est développée à travers tous les continents. Comment voyez-vous ce phénomène global ?

« Quand j’étais au bord de la mer à Lesbos, quand j’ai vu arriver ces réfugiés syriens, j’ai eu le sentiment d’avoir attrapé un fil. J’ai compris qu’en tirant sur ce fil, en le déroulant, j’allais détricoter quelque chose qui n’était qu’une infime partie de cette tragédie en effet mondiale. Il ne s’agit pas de cas isolés. De manière plus générale, les réfugiés ont toujours existé dans l’histoire humaine et les déplacements de population ont toujours été en lien avec des guerres et des conflits ».

Ces déplacements de population sont sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. C’est une nouvelle forme de guerre ?

« Oui, on peut vraiment parler de guerre. Quand on regarde de près la tragédie mondiale des réfugiés, nous avons tous les éléments constitutifs d’une situation de guerre. Ces mouvements sont la conséquence de situations politiques, or la guerre est un rouage de la politique ».

Comment analysez-vous cet état de guerre ?

« C’est une guerre liée à une instabilité géopolitique globale, à la mondialisation et la restructuration de l’échiquier économique, à la course effrénée aux profits du capitalisme : tout cela entraîne une persécution toujours dure et féroce des plus démunis. Les conflits mêmes ne cessent de s’aggraver dans des régions oubliées comme le Bangladesh. S’y ajoutent le changement climatique, la destruction de l’environnement, la famine, la pauvreté. Tous ces éléments contribuent à une montée des violences. La guerre se joue entre les gouvernements et les individus qui luttent pour leur survie ».

Comment voyez-vous la réaction des pays riches face à ces exils massifs ?

« J’observe dans ces pays une dégradation des valeurs morales. Les idéaux se perdent, les principes se diluent ou ne sont plus défendus. Il n’y a plus de courage politique et finalement, c’est peut-être cela le plus grave aujourd’hui ».

Le président Macron affiche la tradition d’asile politique de la France, tout en verrouillant la migration économique. Qu’en pensez-vous ?

« Ce n’est pas qu’en France que l’on a ce double discours ! Il est le même en Allemagne, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, et dans l’ensemble des pays que l’on voit traditionnellement comme démocratiques et libres. Ces pays ont besoin de la mondialisation et de davantage de libéralisation économique pour préserver leurs intérêts, maintenir leur compétitivité, mais ils n’assument pas les responsabilités humaines et environnementales de la puissance économique ».

Les états ont une responsabilité politique. Mais que peuvent les individus et les citoyens ?

« Nous avons une seule vie et sommes à la recherche de sécurité et de confort, y compris pour les générations futures à qui nous voulons garantir un avenir. Le système, et peut-être même notre éducation, nous fait perdre de vue l’égalité des droits et la liberté. Nous devrions nous battre pour la préserver, pour s’assurer que tout un chacun en bénéficie dans son propre pays. Nous devons avoir conscience que quand la maison du voisin prend feu, nous sommes aussi menacés. Avec les migrants, la maison a non seulement pris feu, mais le vent souffle très fort, et il est temps de s’en préoccuper ».

Comment sortir de cette crise ?

« Il faudrait une révolution qui renverse ce système. La France, ayant une tradition révolutionnaire, peut-être que le mouvement pourrait partir de la France. La tragédie des migrants est une situation créée par l’homme, alors c’est à l’homme de la résoudre. Si les gouvernements arrêtaient de tergiverser et d’être contradictoires, s’ils regardaient les hommes et les femmes du monde entier comme faisant partie de la même famille, s’ils arrêtaient de brandir la haine et la peur comme des menaces, alors nous pourrions en sortir enfin ».

Votre film montre misère et désespoir, mais aussi de l’espérance. Avez-vous des raisons d’espérer ?

« Après avoir fait ce film, je n’ai pas davantage d’espoir, mais je ne suis pas non plus totalement désespéré. J’ai vu, même dans les situations les plus difficiles, une petite part d’humanité, extrêmement belle. Mais cela ne suffit pas. Les politiciens brandissent la menace des réfugiés en jouant sur cette fracture, pour tromper les électeurs, et face à de telles souffrances, nous sommes devenus indifférents ».


L’homme ne peut exister tout seul : il a besoin de l’autre


Bio Express

1957 : naît le 28 août à Pékin.

1978 : étudie le cinéma à la Beijing Film Academy.

1981 : quitte la Chine pour les États-Unis où il étudie à Berkeley et à New York.

1994 : de retour en Chine, publie le Black Cover Book, un traité sur l’art moderne, suivi du White Cover Book.

2000 : ouvre son studio à Pékin.

2008 : participe à la conception du Stade National, Le Nid d’oiseau, pour les JO de Pékin.

2011 : arrêté par la police chinoise, pour évasion fiscale, il est libéré après 81 jours de détention.

2015 : s’installe à Berlin.

2017 : en compétition à la Mostra de Venise avec Human Flow,

2018 : sortie le 7 février en France de Human Flow.
Edité par csv, le 18/01/18 à 07:13

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