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Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
24/03/2019 n 13:07
INTERNATIONALn Article n°151.1 n 21/05/12 n 07:19 n Editeur : csv
21 mai 2012 - TNP
Désarmement nucléaire, échec du Comité préparatoire de
Vienne


"L’arme nucléaire n’est pas un moyen de légitime défense, mais un moyen criminel de terrorisme, de destruction et d’anéantissement qui menace la paix."

"Le renoncement au nucléaire militaire peut être inconditionnel dès aujourd’hui. Contrairement au nucléaire civil, aucune alternative n’est nécessaire et aucune transition ne s’impose"

"Il appartient aux citoyens de prendre le pouvoir qui leur a été confisqué par les États nucléaires et d’exiger eux-mêmes le désarmement"

"L’erreur est de croire que toute réduction quantitative du matériel nucléaire participe au désarmement. Il n’en est rien. Réduire, n’est pas désarmer. Ce ne sont pas les armements qu’il faut réduire, c’est la doctrine qu’il faut déconstruire."



Après la tenue du Comité préparatoire de Vienne au sujet des nouvelles négociations sur le Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP), Jean-Marie MULLER parle d'échec en faisant le point sur ce comité. Il nous invite à en tirer les conclusions :

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Sous-marin nucléaire : "le triomphant"


"Du 30 avril au 11 mai 2012 s’est tenu à Vienne la première session du Comité préparatoire de la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) qui doit se tenir en 2015. Au-delà de l’affichage de leurs bonnes intentions en faveur des trois objectifs du TNP – le désarmement nucléaire, la non-prolifération nucléaire et l’accès à l’usage civil de l’énergie nucléaire - tous les États dotés ont affirmé qu’ils entendaient maintenir leur doctrine de la dissuasion nucléaire pour assurer la sécurité de leur pays. Aucune perspective n’a été dégagée pour la signature d’une convention mondiale sur l'élimination des armes nucléaires. Celle-ci apparaît de plus en plus improbable dans un avenir prévisible.


Le TNP est devenu une « coquille vide »

Lors de la séance d’ouverture, Angela Kane, le Haut Représentant du bureau des Nations Unies pour le désarmement, a souligné que le TNP continue de faire face à plusieurs défis majeurs, depuis la poursuite de la fabrication et du perfectionnement des armes nucléaires par les États dotés, jusqu’aux inquiétudes à propos de l’aspiration de nouveaux États à posséder des armes nucléaires. « De telles inquiétudes, a précisé Angela Kane, mettent en danger à la fois les objectifs de la non-prolifération et du désarmement et méritent donc une grande attention au cours de ce processus d‘examen. » Elle ira jusqu’à dire que si les États ne faisaient pas preuve d’une authentique responsabilité au cours de ce processus d’examen, le traité ne serait rien d’autre qu’une « coquille vide ». À lire les déclarations des représentants des États présents à ce comité préparatoire, tout porte à penser qu’il en est effectivement bien ainsi : le TNP n’est plus qu’une coquille vide.

Il est remarquable qu’à la suite de la rencontre de Vienne, le Ministère français des affaires étrangères et européennes a cru devoir publier un bref communiqué qui n’est composé que de phrases creuses écrites pour ne rien dire : « La France se félicite de l’atmosphère constructive dans laquelle les débats des États parties au TNP se sont tenus… » ; « Le Comité préparatoire a confirmé le rôle central du TNP… » ; « Ce comité préparatoire a donné lieu à des échanges substantiels et équilibrés sur les trois piliers du TNP… » Mais il est vrai que seules des phrases creuses peuvent commenter une rencontre organisée autour d’une coquille vide…


Le point de vue de la New Agenda Coalition

L’analyse des sept pays membres de la New Agenda Coalition met parfaitement en évidence que le désarmement nucléaire n’est pas une question de quincaillerie, mais une question de doctrine. L’erreur est de croire que toute réduction quantitative du matériel nucléaire participe au désarmement. Il n’en est rien. Réduire, n’est pas désarmer. L’erreur est de penser que telle ou telle mesure de réduction des armements est le commencement du désarmement. Ce ne sont pas les armements qu’il faut réduire, c’est la doctrine qu’il faut déconstruire. La notion de « désarmement progressif » ne peut concerner que la réduction des armements ; elle est dépourvue de sens parce qu’elle laisse intacte la doctrine de la dissuasion nucléaire. Le désarmement ne résultera pas de mesures techniques concernant le matériel, il ne peut résulter que d’une décision politique concernant la doctrine. Cette décision politique appartient à chaque État. La caractéristique de l’arme nucléaire est d’être une arme nationale et la décision d’y renoncer ne peut être qu’une décision nationale et donc unilatérale. C’est une autre erreur de croire qu’elle peut résulter d’un accord multilatéral. Certes, l’élimination mondiale des armes nucléaires est l’objectif final du Traité de Non Prolifération, mais cette élimination mondiale ne peut être que la résultante des décisions unilatérales des États dotés qui auront choisi de renoncer à la doctrine de la dissuasion nucléaire.

En tant que citoyens français

Cette analyse s’avère décisive pour définir la stratégie des citoyens des États dotés qui, pour des raisons indissociablement éthiques et politiques, entendent s’opposer à l’idéologie doctrinale de la dissuasion nucléaire. Conscients que l’arme nucléaire n’est pas un moyen de légitime défense, mais un moyen criminel de terrorisme, de destruction et d’anéantissement qui menace la paix, ils entendent refuser de s’accommoder de la préméditation du meurtre nucléaire. Mais ils ne sauraient attendre de leurs dirigeants politiques victimes d’une addiction aux armes nucléaires qu’ils décident eux-mêmes d’y renoncer. Il appartient aux citoyens de prendre le pouvoir qui leur a été confisqué par les États nucléaires et d’exiger eux-mêmes le désarmement.

En tant que citoyens français, nous ne sommes pas directement responsables du désarmement mondial ; par contre, nous le sommes entièrement du désarmement de la France. Il serait incohérent que pendant nos discours sur le désarmement mondial, nous laissions continuer les travaux pour la mise en œuvre de l’armement français. C’est pourquoi, ici et maintenant, il est de notre responsabilité de vouloir dès à présent le désarmement nucléaire unilatéral de la France.

Le renoncement au nucléaire militaire peut être inconditionnel dès aujourd’hui. Contrairement au nucléaire civil, aucune alternative n’est nécessaire et aucune transition ne s’impose. La notion de renoncement progressif au nucléaire militaire n’a aucun sens, ni du point de vue éthique, ni du point de vue politique, ni du point de vue stratégique. Toute demande de réduction des armements – comme, par exemple, un moratoire sur les recherches de nouvelles armes nucléaires, le gel de la mise en œuvre du programme du missile M51 ou la suppression de la force aéroportée -, dans la mesure même où la dissuasion est maintenue dans son principe et dans sa pratique, est inopérante. Une telle demande est dépourvue à la fois de sens et d’efficace.

Le dogme idéologique de l’État tout-puissant voudrait nous faire croire que la dissuasion nucléaire est indissociable de notre statut de grande puissance. En réalité, si la France décidait de renoncer à l’arme nucléaire, la capacité de notre pays de faire entendre sa voix dans les grands débats de la politique internationale ne serait non pas affaiblie mais fortifiée. On peut gager que partout dans le monde des femmes et des hommes et de nombreux peuples salueraient la décision de la France comme un acte de courage qui leur redonne un peu d’espérance.

C’est dans cette perspective que Guy Aurenche, Stéphane Hessel, Albert Jacquard, Philippe Meirieu, Edgar Morin, Pierre Rabhi, Paul Virilio, Patrick Viveret et plusieurs autres personnalités ont signé un « Appel en faveur du désarmement nucléaire de la France » dans lequel ils écrivent notamment :

« La dissuasion nucléaire est donc immorale, irréaliste, dangereuse et coûteuse. Nombreux sont ceux qui en sont convaincus et partagent l’espoir d’un monde sans armes nucléaires. Mais cet espoir risque fort d’être déçu : il faudrait attendre que toutes les puissances nucléaires se mettent d’accord pour une telle abolition générale. C’est oublier notre propre responsabilité de citoyens d’un pays nucléaire : il nous appartient de construire la paix et la sécurité dans une France sans armes nucléaires.

C’est pourquoi, sans attendre l’abolition générale des armes nucléaires par une convention internationale encore et toujours hypothétique, nous estimons que pour nous, citoyen(ne)s français(es), il est de notre responsabilité de demander dès à présent : le désarmement nucléaire unilatéral de la France ».
Jean-Marie Muller
Ecrivain et philosophe,
Porte-parole national du Mouvement pour une Alternative Non-violente
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Lire l'analyse complète


Remarque : Les États-Unis, la Russie, la France, la Grande-Bretagne et la Chine sont dotés de l’arme nucléaire et ont ratifié le TNP. La Corée du Nord a quitté le dispositif en 2003. L’Inde, le Pakistan et Israël disposent aussi de l’arme nucléaire mais ne sont pas signataires du TNP
Edité par csv, le 21/05/12 à 13:47

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