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24/03/2019 n 12:50
INTERNATIONALn Article n°34.1 n 24/09/09 n 18:35 n Editeur : csv
26 septembre 2009 - Liban
La première université de la non-violence au Liban : 70
étudiants de six pays arabes

26 septembre 2009

Cet été, au Liban, et pour la première fois dans la région, quelque 70 étudiants ont participé à la première année de l'université pour la non-violence. Ils ont allié recherche, théorie et pratique afin d'explorer les théories non violentes et de les mettre en œuvre. Un article paru dans "L'Orient-Le Jour" le 22 septembre 2009 :

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« Là où est la violence, il faut mettre la non-violence », explique Ogarit Younan pour présenter l'ouverture de la première université de la non-violence dans la région. Depuis 25 ans, les docteurs Walid Slaybi et Ogarit Younan œuvrent pour la victoire de la non-violence avec des gens du monde entier.

Cette année un projet qui leur tient particulièrement à cœur voit le jour : une université proposant 4 cursus, et bientôt 8, ayant trait à la non-violence, notamment une formation aux droits humains, à la non-discrimination et au non-confessionnalisme.

Quand on demande au Dr Younan pourquoi cette université a été créée, elle affirme que c'est désormais une nécessité : « Notre travail pendant presque 25 ans a abouti à des actions non violentes et des campagnes civiles rassemblant des dizaines d'organisations de toutes les régions libanaises, de nombreux manuels de pédagogie et d'éducation à la non-violence traduits en arabes, de nouveaux concepts sur le sujet, un travail théorique profond. Il y a des gens prêts à œuvrer pour la non-violence, nous devions institutionnaliser notre travail. C'est ce que nous faisons avec cette université. » Un nouveau défi pour ces adeptes de la non-violence, dont ils sont fiers et que le Dr Younan qualifie « d'unique en son genre, fondateur et initiateur. »

Cette université, pionnière dans la région, est donc basée sur un potentiel intellectuel de recherche et d'analyse étroitement lié aux actions de terrain. L'université bénéficie d'une reconnaissance internationale de ses attestations et accueille pour cette première année 70 étudiants. Ils sont choisis parmi des gens influents dans la société afin que ce qu'ils apprennent puisse être transmis au plus grand nombre. Une bourse est distribuée à tous les étudiants sans exception et couvre de 60 à 100 % du prix de ce master. Ogarit Younan explique la distribution de cette bourse comme une décision politique en faveur de la non-violence : « Nous ne sommes pas riches, mais si on permet à 100 personnes de suivre cette formation chaque année, cela donnera un formidable coup de pouce à la région dans tous les domaines concernés. À plus forte raison parce que nos étudiants sont professeurs, journalistes, juristes, religieux, directeur de programmes associatifs... en un mot, influents dans la société. " 

Et afin de favoriser cette transmission des valeurs reçues, l'université met à la disposition de ces étudiants, et de toute école ou université qui voudrait inclure la non-violence dans ses programmes, tout le matériel pédagogique nécessaire, traduit en arabe. Car l'éducation est prioritaire dans leur combat.

Le Dr Slaybi explique : « La question de l'éducation est primordiale car elle est, dans nos pays, dominée par le confessionnalisme et la violence. Nous offrons quelque chose d'autre, de plus humain. » En effet, il propose cette année un cours de psychanalyse sur les origines de la violence et ses conclusions sont claires : « La violence est le résultat de l'impuissance de l'être humain à se réaliser, d'être un homme créatif, heureux et puissant. » La non-violence représente donc selon ses mots « une rupture avec cette orientation destructrice de l'homme pour un retour à la vie ». Le premier moyen sur lequel misent ces chercheurs est la découverte de son identité. « La violence est décuplée par la psychologie de masse. Il faut que les gens redécouvrent qui ils sont et ce qu'ils veulent faire, sans suivre aveuglément des leaders. Car tout homme aspire à la vie, et non à la mort. » Ils veulent faire sentir aux gens qu'ils peuvent défendre leurs causes différemment sans abandonner leurs convictions. L'action prend une grande place dans la formation universitaire, car il ne s'agit pas d'abandonner ses idées. Les professeurs, comme les étudiants, affirment unanimement que les propositions d'actions sont nombreuses et indispensables, et que la non-violence n'est absolument pas une attitude de résignation. Les professeurs sont d'ailleurs choisis pour leurs convictions, bien entendu, pour leur haut niveau théorique, bien sûr, mais aussi pour leur engagement dans l'action non violente.

Les étudiants suivent donc trois mois de cours théoriques, puis rédigent une thèse avant de se lancer pleinement dans l'action non violente. « Il y a beaucoup de gens prêts à la non-violence, nous devons faire un gros effort pour faire entendre cette voix », explique le Dr Slaybi. Cette université est encore un moyen qu'ils mettent en place pour faire triompher l'idée qui les fait vivre.


temoignages

Jamal Jamaleddine est syrien, musulman, ingénieur civil et écrivain. Il vient suivre le cours d'éducation à la non-violence parce qu'il avait été séduit mais pas convaincu par un discours non violent. « Je sentais quelque chose de vraiment bon dans la pensée non violente que l'on m'enseignait, mais il n'y avait pas les bases pour me convaincre vraiment. » Or ces bases étaient indispensables afin de pouvoir « expliquer à son entourage une philosophie souvent non acceptée parce qu'incomprise ». Jamal tient à avoir une pensée et des actions très claires à proposer parce qu'il est à la tête d'une communauté syrienne non violente et veut transmettre tout ce qu'il apprend pour que « les gens comprennent que ce n'est pas une attitude de résignation mais bien une action pour la justice. Une technique d'action non violente est par exemple la désobéissance civile. C'est une action forte, efficace qui respecte l'humanité de tous. Si les chefs qui proposent des solutions violentes n'obtiennent pas la coopération du peuple, ils perdront leur force et viendront à la négociation ». Désormais convaincu, il fait dépendre l'avenir de la non-violence de la qualité de son enseignement.

Rima Abou Mrad est jeune, libanaise et intimement convaincue. « Je sais que la non-violence demande plus de travail mais procure plus de résultats que la violence. » Pour elle, c'est d'abord une question d'écoute et d'objectivité. « Les besoins des gens sont parfois mal exprimés, il faut analyser les faits sans juger. » Rima est consciente que ce projet va être long et fastidieux mais y croit fermement. « Nous devons éveiller la société et lui faire comprendre qu'elle ne doit plus subir les décisions de quelques-uns, mais réfléchir et agir », explique-t-elle. Elle est certaine que les gens sceptiques « cesseront de l'être quand le fruit de notre travail sera évident. C'est aussi pour cela que les étudiants sont choisis parmi des gens influents dans la société ». La compréhension et l'échange reviennent aussi dans les actions de cette jeune femme. Elle a en effet reçu une bourse pour représenter le Liban lors de ses études aux États-Unis en tant que Rotary ambassadorial scholar. « J'ai pris plaisir à expliquer près de cinquante fois ce qu'est vraiment le Liban. Il faut que cet échange culturel se fasse, c'est la base de la compréhension mutuelle », dit-elle.


Tarik Shedid est venu de Palestine pour suivre des cours d'éducation et de théâtre non violent. « Nous sommes ici sept Palestiniens bénévoles à aider à l'éducation non violente dans les écoles de notre pays, et cette université va nous aider à être vraiment convaincants », explique-t-il. Tarik puise sa crédibilité dans son expérience, et celle du peuple palestinien. « Nous avons déjà tout essayé et il est évident que nous n'arrivons à rien par la violence. Nos quelques actions non violentes ont été plus encourageantes que la violence, nous devons continuer », ajoute le jeune homme récemment convaincu. « J'étais le premier à penser que c'était une attitude de découragement, mais j'ai découvert qu'il est bien plus difficile d'être non violent, c'est plus exigeant. Mais c'est aussi bien plus humain », précise-t-il. La conversion de Tarik a été naturelle. Les professeurs ont mis les étudiants dans une situation ou l'alternative - violence et non-violence - était rendue possible.
« Cet exemple m'a permis de faire la synthèse de la situation à tête reposée et de choisir, évidemment, la méthode non violente », conclut Tarik."

Source L'orient-le jour du 22/09/2009 (sur abonnement)
Edité par csv, le 11/12/09 à 07:51

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