Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
25/04/2019 n 23:42
LU POUR VOUSn Article n°107.1 n 18:43 n 05/02/16 n Editeur : csv
Marylène Patou-Mathis - février 2016
Non, les hommes n’ont pas toujours fait la guerre


- Dans son ouvrage : "Préhistoire de la violence et de la guerre", Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS, du département préhistoire du Muséum national d’histoire naturelle, montre comment la « sauvagerie » des préhistoriques ne serait qu’un mythe forgé au cours de la seconde moitié du XIXe siècle pour renforcer le concept de « civilisation » et le discours sur les progrès accomplis depuis les origines :

L'Homme a-t-il toujours été violent ? La guerre est-elle consubstantielle au genre humain ou est-elle inhérente à la construction des sociétés modernes ? Nourri par les recherches scientifiques, le débat sur le pourquoi de la violence n'en finit pas de rebondir. Il donne à la querelle qui opposait Rousseau (le « bon sauvage ») à Hobbes (« l'homme est un loup pour l'homme ») une actualité toute nouvelle.

Pour en finir avec les approches caricaturales, Marylène Patou-Mathis propose avec ce livre une vaste enquête qui croise les données de l'archéologie et de l'anthropologie. Explorant les raisons qui ont transformé les chasseurs-cueilleurs en sociétés guerrières – sédentarisation et changement d'économie, avènement du patriarcat, apparition des castes –, elle pointe aussi le rôle des croyances et met en évidence l'existence d'une violence antérieure à l'apparition de la guerre.

Ainsi se dessine peu à peu le portrait d'un homme préhistorique, dont la violence exprime surtout ses peurs et ses premières pensées existentielles : humain, trop humain.


Un extrait de "Préhistoire de la violence et de la guerre" :

Réalités archéologiques

"S'il est aujourd'hui difficile d'apprécier l'ampleur réelle des actes de violence durant la préhistoire, l'évaluation de l'importance de ce phénomène est probablement influencée par l'état des découvertes et des études. Néanmoins, à la lumière de la recension des données archéologiques que nous avons évoquées précédemment, il est possible d'avancer quelques réflexions. Il apparaît, d'une part, que le nombre de sites préhistoriques dans lesquels des actes de violence ont été observés est faible au regard de l'étendue géographique et de la durée de la période considérée (plusieurs centaines de milliers d'années) et, d'autre part, que si la violence envers autrui remonte à au moins 120000 ans 1, la guerre, elle, n'a pas toujours existé. Apparue, il y a moins d'une douzaine de milliers d'années, elle est peut être, comme le pensaient certains anthropologues évolutionnistes du XIXe siècle, le produit de la « civilisation ».

Violence sans guerre

Durant le Paléolithique, parmi plusieurs centaines d'ossements humains examinés, seuls deux attestent d'actes de violence volontaires: ils ont été perpétrés par l'Homme moderne (Homo sapiens', De même, si le cannibalisme a été quelquefois pratiqué *, et ce depuis au moins 800000 ans, seuls deux cas témoignent que la victime a été agressée avant d'être mangée 3. En outre, si l'exocannibalisme est ici probable, il n'est pas certain, car il est généralement impossible de connaître le degré de parenté ou d'affiliation entre les mangeurs et les mangés. Bien que rares, ces cas attestent l'existence au Paléolithique de violence interpersonnelle dont la raison demeure inconnue. Ces actes violents peuvent découler d'une simple opportunité de prédation - appropriation de biens, du corps, (comme dans le cannibalisme alimentaire) ou de l'esprit d'autrui (asservissement) - ou d'un rapport au « sacré» comme dans le cannibalisme rituel qui peut être précédé par le sacrifice de la victime ', En revanche, du fait de la rareté des blessures sur les os humains et de l'absence de représentations de scènes de combats dans l'art pariétal ou mobilier ", on peut raisonnablement penser que la guerre n'existait pas, d'autant que la faible densité des populations et leur répartition sur un vaste territoire rendaient quasi nulle la probabilité que des affrontements aient eu lieu. En outre, une bonne entente entre ces petites communautés était indispensable à leur survie, en particulier pour assurer la reproduction, donc la descendance.

La première trace de violence collective

La première trace de violence collective a été découverte dans le Site 117 (à la frontière nord du Soudan) daté entre 13 140 à 14340 ans avant le présent, période d'aridification du climat. Enclavé dans la vallée fertile du Nil et cerné par des milieux naturels hostiles, ce site a semble-t-il suscité la convoitise de ses voisins de l'intérieur des terres, à moins que ce ne soit la diminution des ressources disponibles causée par l'augmentation de la densité de population qui aient provoqué une compétition interne pour leur accession. Mais jusqu'à présent le cas reste unique. On constate en effet que si les actes violents augmentent en même temps que les populations nomades de chasseurs-cueilleurs commencent à se sédentariser au début du grand réchauffement climatique, ils demeurent encore rares et majoritairement intracommunautaires. Dans certaines scènes rupestres datant de la période charnière entre le Paléolithique et le Néolithique, comme dans la grotte 2 d'Addaura II, des personnages ligotés et criblés de flèches représentent peut-être des victimes sacrificielles. Cependant leur appartenance ou non à la communauté ne peut être déterminée comme celle des victimes du cannibalisme constaté dans la grotte des Perrats ou celle de Gough. Comme le suggère Kelly, les diverses nécropoles des derniers chasseurs-cueilleurs de l'Eurasie peuvent traduire l'appropriation matérielle et mentale de territoires - en les peuplant de symboles susceptibles de renforcer la cohésion sociale - et de leurs ressources. En voulant les dominer, ils auraient alors provoqué l'accentuation de la notion de frontière."

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Déconstruire l'image d'un homme préhistorique belliqueux



Pour aller plus loin lire l'article de Marylène Patou-Mathis dans le Monde Diplomatique de juillet 2015, intitulé : "Déconstruire le mythe d’une préhistoire sauvage et belliqueuse : Non, les hommes n’ont pas toujours fait la guerre" :

"La violence humaine est-elle innée ou induite par le contexte ? Les recherches anthropologiques et archéologiques permettent aujourd’hui de répondre un peu mieux à cette question qui divisa les plus grands philosophes. La guerre ne semble apparaître qu’avec la naissance de l’économie de production et le bouleversement des structures sociales du néolithique, il y a environ dix mille ans..."






Edité par csv, le 07/02/16 à 09:57

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