Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
26/04/2019 n 00:21
LU POUR VOUSn Article n°108.1 n 05:13 n 17/02/16 n Editeur : csv
Jean-Claude Guillebaud - février 2016
La police règne sur les écrans


"Pas un programme télé sans un crime à élucider, une instruction à décortiquer... Les policiers, les assassins et les juges sont omniprésents dans le paysage audiovisuel français. Une telle inflation de "violence", mise en scène ou en spectacle, mérite réflexioné".

C'est le thème de la chronique en ligne de Jean-Claude Guillebaud, cette semaine sur Téléobs/le Nouvel Observateur :


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"En ces temps de terrorisme, de violence diffuse et de peurs partagées, il faut s’interroger sur l’incroyable prolifération, sur nos écrans, des séries policières, investigations criminelles ou enquêtes judiciaires. Toutes chaînes confondues, il n’est plus un programme quotidien sans un crime à élucider, une instruction à décortiquer, un procès d’assises à revisiter. Pour le dire en peu de mots, les policiers, les assassins et les juges sont omniprésents dans le paysage audiovisuel français.

Dire cela n’implique pas que l’on porte un jugement de valeur sur telle série ou tel documentaire. Ils sont parfois de qualité. Le problème, c’est la surabondance obsessionnelle de cette thématique. Elle est devenue si massive qu’une énorme part du temps passé devant le petit écran est consacrée à l’observation de policiers en action, de meurtres en cours, d’éclaircissement en marche, d’enquêtes reprises à leurs débuts.

Prenons, au hasard, un exemplaire de "TéléObs" (celui du 23-29 janvier 2016). Durant la seule journée du samedi, on aura pointé la série "New York, police judiciaire", sur TF1 ; le thriller "Taken", sur Canal+ ; le magazine "Chroniques criminelles", sur NT1 ; la rétrospective "Ces crimes qui ont choqué le monde", sur Numéro 23. A cela, il faudrait ajouter – ce même samedi – la série "NCIS : Los Angeles", sur M6, et "Crimes 360°", sur Planète+ CI. Et ainsi de suite. Avec cette liste (non exhaustive), on arrive à une bonne douzaine d’occurrences policières ou judiciaires pour une seule journée.

Vérification faite, les six autres jours de la semaine sont autant – sinon davantage – persillés de crimes et de police. Le total hebdomadaire doit se situer entre quarante et soixante "choses" criminelles ainsi offertes à la curiosité des téléspectateurs. Durant ces dernières années, le total n’a cessé d’augmenter. A l’évidence, cette incroyable montée en puissance n’est pas due au hasard. Elle répond à une demande elle-même en hausse. L’inflation de "violence" mise en scène ou en spectacle à la télévision mérite réflexion.

Se contentera-t-on de répondre que ladite demande est de pure distraction ? Ce serait un peu court. On doit s’interroger avec un peu plus de lucidité sur le besoin ou le fantasme qui augmente à un rythme qui finit par en faire une norme culturelle. C’est si vrai que surgissent aujourd’hui des "affaires" comme ces appels à la violence, ode aux "billets violets" (ceux de 500 euros), avec couteaux et feuilles de boucher brandis par des mineurs du collège Daniel-Mayer, à Paris, dans un clip de rap mis en ligne en décembre dernier. Devant pareil "aboutissement", on se remémore avec consternation les quolibets qui accueillirent, en novembre 2002, le rapport dénonçant la violence à la télévision signé Blandine Kriegel. Dans ce texte, la philosophe ne mâchait pas ses mots. Il existe, disait-elle, "un effet net de l’impact de la diffusion de spectacles violents sur le comportement des plus jeunes" ; "la responsabilité de la télévision avait été présumée, personne aujourd’hui ne peut plus prétendre l’ignorer".

On a du mal à relire sans frémir les sottises qui furent alors opposées à ce rapport. Quatorze ans plus tard, la question demeure. Il devient urgent d’expliquer "sans excuser" (comme dirait Manuel Valls) cet infantile aveuglement. Si les Français sont à ce point captivés par les histoires de sang et de meurtres, c’est sans aucun doute parce qu’un fantasme de peur et d’insécurité plane sur la société française. Le succès des flics de service – quels qu’ils soient – rassure, comme réjouit de voir inévitablement confondus, arrêtés ou éliminés les "méchants" du scénario. Parfois eux-mêmes gangrenés par l’illégalité ou la violence, ils apparaissent le plus souvent comme des personnages sympathiques. Ils sont un peu les grands frères qui veillent sur nous.

Mais pareille inflation traduit aussi une réalité moins aimable. Habitées par la trouille, nos sociétés parviennent de plus en plus mal à faire fonctionner les dispositifs d’intégration de jadis (culture ouvrière, syndicats, famille, école, armée, etc.). Elles s’en remettent au code pénal pour ultime mode de régulation. Comme le remarquent certains juristes, nos sociétés obéissent à un étrange paradoxe. Quand elles sont "anomiques", c’est-à-dire sans normes partagées, elles deviennent mécaniquement plus policières. Dans une telle communauté nationale, le flic devient tout à la fois l’instituteur, le psy, le grand frère et le papa poule. Voilà une "folie" démocratique dont on n’a pas fini de parler."





Edité par csv, le 17/02/16 à 05:30

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