Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
18/04/2019 n 18:17
POUR APPROFONDIRn Article n°65.1 n 19:16 n 24/09/12 n Editeur : csv
Olivier Maurel - Septembre 2012
La violence éducative, un trou noir dans les sciences
humaines


Le dernier livre d'Olivier Maurel, "La violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines", aux éditions de l'instant présent, attire une nouvelle fois notre attention sur la question de l'importance de la violence dans l'éducation et ses très nombreuse conséquences :

-


Voila un livre qui devrait intéresser tous ceux qui s’interrogent sur « les origines » de la violence. Il invite à prêter attention à un phénomène ignoré, nié ou tout au moins largement minimisé, celui de la violence dans l’éducation. Qu’il s’agisse de maltraitance ou des petites violences « ordinaires » utilisées par les parents ou éducateurs pour « faire obéir » les enfants (gifles, fessées ou même simplement leur menace), le principe éducatif est fondamentalement le même et induit dans l’esprit de l'enfant que la violence est légitime pour parvenir à son but. Le parallèle est avec les violences faites aux femmes est ici particulièrement parlant.

A rebours de nombreux chercheurs qui ignorent ou au mieux minimisent l’importance de la violence éducative dans le comportement violent d’un adulte, Olivier Maurel trace droit son sillon et à la suite d’Alice Miller, met en évidence, livre après livre, l’importance de la violence infligée à l’enfant dans le but de l’éduquer : celle-ci bien souvent éclaire les passages à l’acte « violents » des adultes. Dans ce nouveau livre, il s’interroge sur la « cécité » sur cette question de nombreux intellectuels et chercheurs qui s’intéressent pourtant au phénomène de la violence : c’est ce qu’il nomme un « trou noir » dans les sciences humaines.


La violence dans l’éducation n’a pas disparu

Cet ouvrage nous invite tout d’abord prendre conscience de la réalité de cette violence, quand une majorité de l’opinion publique pense qu’elle a très majoritairement disparu et qu’elle n’est que le souvenir révolu d’une autre époque :

« La relation éducative, dans les familles, dans les écoles, dans les institutions, même s’il s’y mêle de l’affection ou de la bienveillance, est depuis des millénaires une relation de pouvoir. Ce pouvoir se justifie lui-même par la responsabilité des éducateurs et l’immaturité des enfants. Il s’exerce à travers différentes formes de violences que les adultes supportent très mal quand elles leur sont infligées, mais qu’ils jugent normal de faire subir aux enfants. »

Ces violences peuvent être physiques, verbales ou psychologiques « mais vont souvent ensemble » Elles commencent lors de la très petite enfance (l’enfant peut alors n’en garder aucun souvenir) et peuvent se prolonger jusqu’à à la majorité ». Elles peuvent prendre des formes très variées : coups, pincements, secouages, position douloureuses, enfermements qui provoquent peur ou humiliation. On en retrouve d’innombrables variantes dans toutes les cultures et ça depuis au moins cinq mille ans.

« On imagine l’effet que peut avoir sur le câblage des neurones d’un cerveau d’enfant un dressage par la violence -et par la peur de la violence- prolongé sur un tel nombre d’années ».

Les effets de la violence éducative

Cette violence a la particularité d’être appliquée aux enfants pas les personnes auxquelles il est le plus attaché :
« La violence éducative est donc pour l’enfant l’occasion d’une expérience profondément paradoxale : ses parents qui constituent sa « base de sécurité », deviennent source de menace et de violence, de tension et d’angoisse. Nul doute que cette expérience… est susceptible de d’introduire dans le psychisme des enfants un schéma d’interaction qui risque d’affecter leurs relations futures avec les autres mais aussi avec eux-mêmes ».


Pourquoi ce déni

La prise de conscience de ce qu’on appelle aujourd’hui la « maltraitance » des enfants n’est que récente. Et les enfants qui l’ont subi sont les premiers à entrer dans ce déni. Pourquoi un tel déni, comparable par bien des aspects à celui qui a longtemps entouré les violences faites aux femmes ? Le point commun à toutes les victimes, qu’elles aient reçu des bastonnades, comme cela se pratique encore dans un certain nombre de pays ou simplement gifles ou fessées, est leur attitude une fois devenus adulte :

« Elles considèrent qu’elles ont été élevées de manière parfaitement normales et tiennent à éduquer de la même manière leurs propres enfants ». La violence éducative « nous fait trouver normal et acceptable ce que nous avons reçu ».

Pour expliquer ce déni qui concerne autant les enfants que les adultes, et même les chercheurs préoccupés par les causes de la violence, divers mécanismes psychologiques peuvent être mis en avant, en s’appuyant sur la connaissance que nous avons désormais de la structure profonde de notre psychisme : « surdité sélective » ou « exclusion de la conscience » (l’enfant ne « traite » pas une information pour lui douloureuse ou l’ « oublie ») ou encore « redirection » de la violence provenant d’une personne avec qui l’enfant a un lien d’attachement vers une autre personne moins dominante, ou encore sur soi-même : « nos parents, objet préférentiel de notre attachement, se retrouvent alors exonérés de toute culpabilité, et notre lien vital avec eux se trouve sauvegardé ».

« Un autre aspect intervient qui renforce à prendre le part des parents : la culpabilité, le sentiment d’être dans on tort, de na pas être ce qu’il faut être, induits par les premières réprimandes et les premiers coups subis. L’enfant se voit coupable dans le regard qui le juge, et il fait sien ce jugement. »

On comprend mieux alors que, sauf à rencontrer ce qu’Alice Miller appelle un « témoin secourable », il est extrêmement difficile pour l’enfant, puis pour l’adulte de « voir en face » les violences qu’il a subies « pour son bien ».

Dans les pays, comme en France où elle a réduit en intensité, la culture que la violence éducative a produite « demeure malgré tout dans les esprits, par le biais de formules toutes faites, des lieux communs, de vocabulaire péjoratif désignant les enfants ». Les mots, même utilisés affectueusement pour désigner les enfants en portent la trace : les gosses, gamins, moutards, galopins, garnements et autres mouflets, marmots ou lardons portent l’idée d’insignifiance, de mépris ou de condescendance. Ne parlons pas des morveux, merdeux ou pisseuses…


Quelle origine les penseurs ont-ils donc proposé comme cause première de la violence ?

Pour certains, la violence serait « innée », elle y est présente à la façon d’une « animalité », pour d’autres elle est due à la préhistoire et « ses millions d’années de combats sanglants ». Pour certains psychanalystes, elle est une « pulsion », un « désir de mort » présent chez l’enfant ou encore un désir de « toute puissance »… Freud ne parlait-il pas de l’enfant comme un « pervers polymorphe » ? Olivier Maurel explore tour à tour de manière approfondie chacune de ces hypothèses avant de s’intéresser au point de vue de quelques chercheurs novateurs en matière d’éducation :

Ainsi Pierre Karli qui écrit : « des attitudes parentales affectueuses, bienveillantes et rassurantes, ont pour effet de donner à l’enfant une vision chaleureuse te optimiste du monde et des autres (sans tomber dans un quelconque « angélisme »). Et c’est pourvu de cette ouverture positive au monde ainsi que des repères et modèles fournis par l’ensemble de leurs éducateurs, que l’enfant et l’adolescent apprennent à établir des relations stables et satisfaisantes, à maîtriser leur propre liberté par le respect de celle des autres ».

Ou encore Claude Balier, qui s’est consacré à la psychanalyse des grands criminels : « la réalité clinique nous apprend que la cause de tels comportements {passages à l’acte] n’est pas à chercher au niveau d’une inscription innée, mais dans l’existence de troubles précoces, de nature psychique, capables cependant de provoquer des perturbations retrouvés également lorsqu’il y a des lésions du système nerveux ».


Le conditionnement à l’obéissance et à la soumission

Elargissant sa réflexion sur les guerres et les génocides, l’auteur nous rappelle qu’ils ne proviennent pas tant de délinquants et de criminels que de gens ordinaires et que la maltraitance ne suffit pas à les expliquer. « La guerre exige un conditionnement éducatif et culturel d’autant plus efficace qu’il sera commencé plus tôt dans l’enfance ». « Les meurtres de masse sont peu connecté aux pulsions individuelles, mais en revanche étroitement liés à l’habitude prise dès l’enfance de se soumettre à l’autorité, surtout lorsqu’elle est violente". Et quand à ceux qui portent les coups lors des massacres, « quelle compassion pourrait les arrêter, eux qui ont dû, pour supporter les coups, se blinder contre leurs propres émotions, et qui par conséquent ne ressentent plus les souffrances de leurs victimes ? Ou s’ils la ressentent c’est pour en jouir, non par un quelconque sadisme inné, mais par une obscure vengeance de ce qu’ils ont subi enfants ».

Ainsi, « prendre en compte ce que vivent et ce que subissent les enfants de leur naissance à leur maturité, c’est adopter un point de vue privilégié pour comprendre le comportement des adultes. La violence éducative, par son intensité, par sa précocité et sa durée, par la variété de ses effets sur les multiples aspects de la personnalité des enfants, contribue fortement à expliquer la plupart des aspects de la violence humaine, y compris dans ses pires déploiements ».

« Ce que subissent les enfants dans l’intimité familiale et à l’école se diffuse de mille manières dans la vie sociale, politique et scientifique. La méconnaissance, voire le déni de la violence éducative mutilent notre approche de la réalité. Cette méconnaissance résulte elle-même de la violence qui a modelé notre cerveau à l’âge où nous étions sans défense. Alice Miller avait avec justesse intitulé l’édition originale de son livre « l’enfant sous le terreur » : « tu ne t’apercevras de rien ». Ainsi la majorité de ceux qui devraient nous éclairer, les chercheurs, les scientifiques, « ne s’aperçoivent de rien », du moins dans ce domaine, et diffusent de vieux préjugés sous de nouveaux habits ».

Et Olivier Maurel de conclure : « on ne parviendra pas à bout de la violence, on ne parviendra même pas à la réduire si on ne s’attaque pas d’abord à la violence éducative, qu’elle soit physique, verbale ou morale, active ou passive, si on ne suscite pas chez les parents le désir d’éduquer leurs enfants sans violence et si on ne leur propose pas les moyens ».
Edité par csv, le 24/09/12 à 19:57

Commenter l'article 65 g 0 commentaire(s)
ESPACE REDACTION
Identifiant : Mot de passe:
RECHERCHE
Dans la rubrique >
Sur tout le site >


Rejoignez le MAN Aveyron sur les réseaux sociaux

-

Page Facebook du MAN Aveyron









Tous les derniers mardi du mois : venez participer à un "cercle du silence" pour soutenir les sans-papiers, carrefour Saint-Etienne à Rodez à 18 h





Se former à la régulation non-violente des conflits, c'est possible :

-

Télécharger la plaquette de présentation des IFMAN



-

Ce site a été développé et est hébergé par l'association ""Naucelle Web Site"
*/centre*

Google


conflitssansviolence.fr
www
1449 articles
sont en ligne
sur le site
COURRIER n © Conflits Sans Violence 178509

Système Interactif Rédactionnel et Editorial * SIRE v2 Evo * © Hubert Plisson 2004-2007 *  Naucelle Web Site