Conflits Sans Violence

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Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
16/01/2019 n 02:03
POUR APPROFONDIRn Article n°60.1 n 13:32 n 06/07/12 n Editeur : csv
Patrice Bouveret - juillet 2012
Eurosatory, les industriels font de la guerre un jeu
vidéo


Suite à la tenue du salon de l'armement EUROSATORY, qui s'est déroulé à Villepinte du 11 au 15 juin 2012, la revue Golias hebdo a publié un reportage de Jean-Baptiste Malet sur le "supermarché de la mort" qui a accueilli 50 000 "professionnels" de l'armement. Le journal rapporte également les paroles e notre nouveau ministre de la défense "un pays qui n'a pas de défense est un pays amputé", puis il publie un interview de Patrice Bouveret, alors que au siège de l’ONU à New York, débutent les négociations en vue de l’adoption d’un traité international sur le commerce des armes.

Patrice Bouveret est directeur de l'Observatoire des armements, organisation créé en 1984 à Lyon, sous le nom de Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les Conflits (CDRPC). Sa volonté est de favoriser une politique de transparence et de contrôle démocratique sur les activités militaires de la France et de l'Europe. Il déclare : "les industriels font de la guerre un jeu vidéo ".

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Golias : Quel est l'état actuel de la législation internationale concernant les ventes d'armes ?

Patrice Bouveret : Au salon Eurosatory, comme tout au long de l'année lorsqu'il s'agit de ventes d'armes, les États et les industriels n'enfreignent pas le droit in­ternational : il n'existe tout simplement pas de législation à ce sujet ! Le droit international existant concerne seule­ment l'usage des armes. Il n'y a aucune réglementation concernant l'exportation d'armes ou la vente de matériel militaire. Il n'existe même pas de véritable défini­tion commune du « matériel militaire ». Au sein d'Eurosatory, il y a d'ailleurs des présentations de matériel « dual », c'est-à-dire à usages civil et militaire, ce qui permet d'échapper au contrôle prévu pour le matériel de guerre. Au niveau international, il n'y a que des décisions d'embargo qui peuvent constituer une mesure de restriction d'achat d'armes.

- C'est pour cela que l'industriel russe Rosoboronexport, celui-là même qui four­nit des armes à la Syrie d'Âssad, peut agir en toute impunité ?

P. B : Tout à fait, il n'y a que l'usage des armes qui peut faire l'objet de l'applica­tion du droit international. Il y a toute une action actuellement, lancée à l'ini­tiative des ONG, pour que soit adopté un traité international qui, lui, concernerait les exportations d'armes. C'est une initia­tive qui a débuté en 1997, après une pro­position d'anciens Prix Nobel de la Paix. L'ONU, suite à ces campagnes menées dans différents pays, a décidé d'ouvrir des négociations. Suite à une série de conférences préparatoires, la négocia­tion de ce traité aura lieu en juillet 2012 à New York. À l'heure actuelle, on ne sait absolument pas sur quoi elle va débou­cher. Du côté des importateurs comme des exportateurs, il y a bien évidemment de fortes réticences pour l'adoption de critères contraignants. Surtout, on ne sait pas quels types d'armes seront concernés par ce traité, comme par exemple les munitions, le matériel de maintien de l'ordre. De plus, si ce sont les États qui s'auto-régulent, ce ne sera pas la même chose que si une instance supra-natio­nale ou un service de l'ONU est chargé de vérifier l'application du traité, et que des sanctions soient prévues en cas de violation.

Eurosatory est l'étalage d'un monstrueux cynisme. Est-ce un figure imposée pour vendre des armes ?

P. B : Le système est au cœur de ses contra­dictions. Sur un salon comme Eurosatory, il y a à la fois une logique commercia­le qui veut que l'on soit dans un salon comme les autres, où les commerciaux utilisent les mêmes moyens marketing et publicitaires afin de valoriser leurs produits comme s'il s'agissait de voitures ou de machines à laver. Certaines pré­sentations commerciales se veulent très vivantes, très interactives avec le client potentiel qu'il faut séduire. Il s'agit de diffuser l'idée que c'est avant tout de la défense, plutôt que des produits pouvant servir à tuer. C'est pour cela que l'on y présente des ambulances, des systèmes de protection, bien plus que des systèmes offensifs.

Il est surprenant de voir autant de nationalités présentes.

P. B : Tous les pays de la planète vien­nent, peu importe la relation politique théorique que les pays ont les uns avec les autres. Au sein d'Eurosatory, tous les clivages disparaissent. Entre les États, il y a une relative concorde quand il s'agit d'acheter et de vendre des armes. Il y a une valorisation de l'arme comme moyen de régler les conflits, et également une fascination technologique des systèmes d'armes, toujours plus performants. Et tout se passe comme s'ils mettaient de côté l'usage qu'il peut en être fait. Il y a une mise à distance entre le soldat et sa cible. Les nouveaux systèmes de casques et de lunettes d'écrans vidéo virtualisent l'ennemi. Vu dans un viseur optique de haute technologie, l'être humain devient soit un point rouge, soit un point bleu, soit un point vert. Point rouge, c'est un ennemi. Point bleu, un fantassin ami. Point vert, un civil. Tout cela s'inspire des jeux vidéo et bouleverse la guerre. On ne voit plus un être humain, mais un point de couleur.

Ces nouvelles technologies tendent-elles à « déshumanisée la guerre », même si l'expression peut sembler fort maladroite ?

P. B : Oui, c'est cela, la guerre est dés­humanisé, désacralisée. Dans la guerre, il y avait tout un jeu de règlement, une codification, une sacralisation. Là, on la déshumanise pour la transformer en jeu vidéo.

Economiquement parlant, les dérives du capitalisme se retrouvent conjuguées à ces marchandises élaborées pour donner la mort*/g*.

P. B : Développer une industrie militaire, cela veut dire s'engager dans un proces­sus de développement et de concurrence vis-à-vis des autres pays. Cela veut dire qu'il faut toujours être le plus performant possible, qu'il faut rentabiliser à tout ni­veau, qu'il faut exporter au maximum pour faire payer à d'autres le développe­ment que l'on veut faire. Les industriels du secteur sont comme ceux des autres secteurs : ils veulent vendre le maxi­mum pour engranger des bénéfices. Ce qui explique le jeu des commissions, des rétro-commissions, les cadeaux qui sont faits pour remporter les marchés auprès des États. Mais ce n'est pas du même or­dre que le porte-clef que l'on nous offre quand on achète une voiture...

Edité par csv, le 07/07/12 à 10:42

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