Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
24/09/2017 n 06:41
RELATIONNELn Article n°113.1 n 06:25 n 03/06/17 n Editeur : csv
5 juin 2017
Comprendre le harcèlement et y faire face


Retour sur l'émission "Du Grain à moudre" par Hervé Gardette sur France Culture, du 31 mai 2017 qui avait pour thème le harcèlement :

Deux événements récents médiatisés ont contribué à faire débattre de ce sujet : l'exclusion d'un tennisman du tournoi de Roland Garros pour avoir tenté d'embrasser par la force et à 3 reprises une jeune femme journaliste contre son gré et l'affaire "Cyril Hanouna" sur la chaîne C8, où un canular téléphonique au détriment d’homosexuels a valu à la chaîne l’ouverture d’une procédure de sanction par le CSA.


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"Un terme parait approprié pour résumer ces différents cas : celui de harcèlement. Le mot est régulièrement convoqué pour décrire des situations de violence au travail, à l’école, dans l’espace public (comme ces derniers jours avec la pétition dénonçant du harcèlement de rue dans un quartier populaire du nord de la capitale). La mécanique est-elle à chaque fois la même ? Et les réponses à apporter sont-elles identiques ?"

Invités : Johanna Dagorn (JD) : Sociologue chercheur à l'université de Bordeaux, Marie-France Hirigoyen (MFH), Psychiatre, auteure de plusieurs ouvrages sur le harcèlement et Éric Verdier (JV), Psychologue-communautaire.

Quelques éléments de compréhension tirés de cette émission :


Qu'est-ce que le harcèlement ?

MFH : le harcèlement est caractérisé par des situations qui ne sont pas clairement de violence mais qui sont des situations abusives où on ne repère pas le moment où "c'est trop". Sous prétexte de "tolérance", on suppose que "ce n'est pas grave", que "c'est une plaisanterie", que "c'est l'autre qui est un peu trop rigide".

A partir de là, un individu impose à l'autre un comportement et une position qui sont une atteinte à sa dignité et le blessent psychologiquement.

EV : la banalisation de l'attitude des tiers est très importante et leurs moqueries peuvent aggraver l'humiliation que ressent la victime. On peur retrouver aussi (Affaire Hanouna) la violation de l'intimité.

JD : 4 champs sont à prendre en compte pour parler de harcèlement : la nature des faits, le plus souvent des micro-violences insidieuses et répétées, le pouvoir exercé (intentionnalité), la fréquence, et l'intensité (ex nombre de personnes qui humilient/nb de personnes humiliées).

Le harcèlement remet les victimes au cœur du système. Quand on banalise, on va dire "il ne l'a pas fait exprès". Là on observe les conséquences palpables sur les victimes et on dit que ce n'est pas acceptable.

MFH : on ne repère pas forcément ces micro-violences mais par leur répétition, elles constituent un traumatisme. Quand on banalise, on va dire de la victime "qu'elle l'a cherché". On va même parler du masochisme des victimes...

EV : le harcèlement n'est que la partie visible de l'iceberg. Un jeune tout-à-fait isolé et ignoré des autres est en danger même s'il n'est pas victime de harcèlement.


Faire face au harcèlement

JD : le travail sur l'empathie fonctionne bien lorsqu'on parle aux jeunes des conséquences de leur comportement sur les victimes. Les harceleurs n'ont pas conscience des conséquences de leur comportement sur leurs victimes.

MFH : ça ne fonctionne pas face à certaines situations qu'on trouve aujourd'hui. On est dans une société narcissique et on observe un changement des personnes. Dans les années 70-80, on recevait des névrosés qui avaient des doutes et des question et aujourd'hui, on est en face de narcissiques qui sont dans l'apparence et la performance, dans la non-considération de l'autre et qui n'ont pas de limites (voir Trump ou Hanouna). Nous sommes dans un monde où tout ce qui n'est pas sanctionné est possible. Ce qui importe, c'est de faire du buzz, de se donner à voir, même dans l'excès.

JD : c'est vrai, avec les narcissiques et les sociopathes, parler d'empathie ne suffit pas, il n'y a que la dissuasion pénale. Mais apprendre dès la prime enfance l'empathie marche bien. Cela humanise la victime et ça marche bien.

EV : Au Québec, on travaille beaucoup sur les groupes, par exemple quand ils sont les témoins de quelque chose.. Le harcèlement se joue dans un triangle, il y a forcément des témoins et des tiers. On retrouve des choses similaires dans les maisons de retraite.

Fréquemment, on va attaquer les femmes pour leur liberté et on va attaquer les hommes pour leur sensibilité. Derrière l'affaire Hanouna, au delà de l'homophobie, il y aussi l'humiliation de l'intimité d'un homme qui ne peut pas garder secret sa sexualité.

MFH : ce sont souvent les mêmes personnes qui sont des harceleurs dans différents domaines (école, puis harcèlement sexuel ou au travail...) Si on intervient beaucoup plus tôt, on pourra limiter ces comportements. Il y a souvent un leader et ceux qui suivent. Avec les suiveurs, le travail sur l'empathie et sur les limites, ça marche.

JD : on a constaté que dans des situations de harcèlement, 85% des témoins ne font rien ou parfois participent par des rires qui relativisent les actes et contribuent à l'impunité des harceleurs. Lorsque les témoins interviennent, c'est quand on arrive à la violence paroxystique, quand on arrive aux coups... et qu'ils estiment alors que ce n'est pas acceptable.

EV : on a mis en place le programme "sentinelles et référents". en formant à la fois et en même temps les enfants (sentinelles) et les adultes (référents) à repérer les situations, intervenir et en référer au adultes.

Il y a une violence des filles à prendre en compte qui fait qu'il y a plus de garçons que de filles harcelé-es (voir études de Eric Debarbieux).

Harcèlement, téléréalité et réseaux sociaux


MFH : on pourrait aussi travailler à réguler les émissions de télé-réalité. on est dans une société où tout semble possible et où c'est difficile de mettre des limites.

De même avec Internet où on peut tout se permettre. Le harcèlement à l'école se poursuit aussi sur les réseaux sociaux.

EV : et en même temps, internet laisse des preuves, du moins lorsque ça aboutit au juridique et au pénal.

Mais ça ne change rien sur la nécessité de changer le climat. Celui qui a été humilié et blessé par le groupe doit être rétabli par le groupe. Il est bon que les enfants apprennent que le groupe est un lieu où l'on peut s'épanouir.

JD : Internet révèle un phénomène qui a toujours existé. Il a aussi le mérite de mobiliser les témoins. C'est aussi les réactions nombreuse sur les réseaux sociaux qui ont permis de la prise de conscience des dérives d'Hanouna.

MFH : au Québec, les conseillers en prévention de la violence montrent aux jeunes des situations extraites d'émissions de télé-réalité et font réagir les élèves sur ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas.

Les réseaux sociaux laissent penser qu'on peut toujours flirter avec la limite. Il y a même une jouissance à cela. Enseigner les limites permet de protéger les enfants.

EV : les enfants ne savent pas ce qu'est la perversion. L'émotion centrale à toutes ces situations est la peur et elle a besoin d'être nommée.
Edité par csv, le 05/06/17 à 11:42

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