Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
18/04/2019 n 18:35
RELATIONNELn Article n°15.1 n 12:20 n 17/01/10 n Editeur : csv
19 janvier 2010
Catherine Gueguen : pour une parentalité sans violence



Catherine Gueguen, pédiatre, intervenait le en novembre 2009 à Lambresart (Nord) au côté d'Olivier Maurel et d'Elisabeth Filliozat autour du thème « Pour une parentalité sans violence » (voir dans la Voix du Nord). Un compte rendu a été publié sur le site de l'OVEO, Observatoire de la Violence Educative Ordinaire dont voici quelques extraits :

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"L’éducation est un art difficile car les recettes n’existent pas. Elever un enfant au sens noble du terme, c'est l’aider à s’épanouir, à grandir. Il s’agit de relations humaines complexes car elles sont chargées de beaucoup d’affect. L’enfant nous confronte à notre propre histoire, à nos capacités d’affection, d’empathie, de compréhension, de patience.

Pour les parents une des clés est de prendre le temps d’être dans une écoute affective des sentiments et des besoins de leur enfant.

Du côté des professionnels, une de clés est d’être en empathie avec les enfants bien entendu mais aussi avec les parents pour comprendre leurs difficultés, leurs sentiments et leurs besoins.

La question de la « bientraitance » dans les rapports adultes-enfants me semble primordiale puisqu’elle est le fondement de l’épanouissement de l’être humain. Nous savons tous que plus l’enfant est élevé dans la sécurité affective et la confiance mieux il se développera. Il a besoin de se sentir aimé inconditionnellement et nous savons aussi que les valeurs, les limites, les interdits peuvent lui être transmis dans la douceur. Par contre il ne suffit pas d’en être convaincu pour réussir à le vivre au quotidien.

Quand et dans quelles circonstances les parents commencent à avoir des rapports de force avec leur enfant ? Quelles sont les circonstances qui peuvent mettre à bout les parents, après la naissance ?

Cela peut démarrer très tôt dans la vie de l’enfant, dès la grossesse ou juste après la naissance, lorsque les parents se sentent épuisés, débordés ou impuissants face aux pleurs du bébé. Dans le développement de l'enfant, il existe des moments particuliers qui peuvent être difficiles et dérouter les parents, même des parents « ordinaires » peuvent alors perdre patience.

Ces périodes réclament de la part des parents beaucoup de compréhension, de douceur ferme, de patience. Les dérapages des parents peuvent donc commencer très tôt dans la vie de l’enfant. Il faut que les parents comprennent ce qui se passe. L’enfant ne le fait pas exprès, il n’est pas caractériel, il ne fait pas une colère pour « embêter » ses parents, il est juste dépassé par ses propres émotions et il n’a pas encore les capacités à se raisonner pour retrouver son calme. L’enfant ne peut pas encore mettre des mots sur ses émotions (inquiétude, déception, jalousie, perte, frustration , tristesse, colère), c’est pourquoi il pleure ou il crie. Beaucoup de parents punissent leur enfant sans percevoir son appel au secours.

Comment fonctionne le cerveau d’un tout petit ?

L’ enfant petit a un cerveau très immature. L’enfant est très vite submergé par les flux émotionnels et les instincts primitifs d’où ses brusques accès de colère, ses hurlements et ses crises de larmes à se rouler par terre. Ce ne sont pas des caprices mais une conséquence de l’immaturité de son cerveau. Son cerveau supérieur n’est tout simplement pas assez développé pour pouvoir gérer de telles tempêtes émotionnelles ie analyser la situation, réfléchir, prendre du recul.

De mauvaises pratiques éducatives peuvent altérer le fragile équilibre hormonal et émotionnel de l’enfant allant jusqu’à causer la mort de cellules dans une des structures vitales du cerveau, l’hippocampe qui joue un rôle primordial dans les processus de mémorisation et d’apprentissage.

Si les parents sont brutaux dans leurs actes ou dans leurs paroles, s’ils n’aident pas l’enfant à gérer ses émotions fortes, les systèmes d’alerte de son cerveau émotionnel risquent d’être suractifs plus tard. Il réagira ainsi de manière excessive face à la moindre situation stressante, en s’énervant pour un rien, en s’angoissant en permanence ou en ayant des instincts d’attaque et de défense surdéveloppés. Il se sentira constamment menacé et ce sentiment d’insécurité finira par gagner sa perception de lui-même et des autres. Il vivra alors dans un perpétuel état de méfiance.

Les méthodes éducatives qui utilisent les rapports de force entraînent chez l’enfant de l’angoisse, de la peur, de la colère voire des dépressions.

Grâce aux images d’IRM du cerveau on voit que beaucoup d’adultes violents sont comme les enfants submergés par la peur, la colère et par les instincts agressifs et défensifs générés par leur cerveau émotionnel et archaïque. Chez ces adultes, l’activité du néocortex qui régule normalement les émotions fortes est beaucoup trop faible.

Les marques d’affection favorisent la sécrétion d’ocytocine et d’opïodes dont les effets anti-anxiogènes sont durables. Quand les opioïdes et l’ocytocine prédominent dans le cerveau, le monde qui nous entoure paraît amical et accueillant. Ces substances neurochimiques nous procurent un profond sentiment de calme et de contentement, qui nous permet de supporter toutes sortes de stress. Si un enfant est entouré d’amour et de calme, son cerveau est dominé par l’ocytocine et les opioïdes et il se sent ainsi parfaitement apaisé, en sécurité et comblé. Il peut mieux profiter de la capacité à savourer chaque instant, et à bien vivre le moment présent. Il peut voir le monde avec intérêt et émerveillement sans se sentir menacé ou effrayé. De plus il devient plus résistant à la douleur et au stress qui sont inévitables au cours d’une vie.

Quand l’éducation est trop stricte et que quotidiennement se mêlent cris, ordres, réprimandes, reproches, fessées, l’enfant est alors confronté à la peur et à la colère et la sécrétion d’opioïdes et d’ocytocine risque alors d’être bloquée.

Comment aider les parents ?

Pour d’autres parents savoir ce qui est normal, acceptable à tel âge, suffira pour les apaiser. Lors d’un premier enfant, expliquer ce qu’est le sommeil d’un tout petit, la signification des pleurs, des colères, l’immaturité de leur cerveau peut aider grandement les parents à comprendre leur enfant et donc à mieux accepter ce qui pourrait passer pour des « troubles du comportement ».

« je viens vous voir car mon enfant a des troubles du comportement, il n’est pas normal » alors que l’enfant a le comportement d’un enfant de 8 mois, 18 mois etc. Une fois que les parents sont rassurés sur la normalité de leur enfant, souvent la relation s’apaise. Ils ne crient plus, ne s’énervent plus, prennent du recul et voit alors la situation avec légèreté, et même avec humour.

La question des limites, des interdits quand l’enfant est tout petit : l’âge de 18 mois-2 ans est un âge difficile pour les parents, nous l’avons déjà évoqué, car l’enfant s’affirme, s’oppose et les parents y répondent souvent par cette violence éducative. Il faudra leur rappeler que donner des limites claires à l’enfant est structurant pour lui : s’il n’a pas de limites il mettra à bout ses parents donc le cercle vicieux commencera.

Par contre ces limites seront dites d’un ton calme avec douceur, assurance et conviction mais sans colère et sans humilier l’enfant. Dans ces moments là plus on va s’opposer à lui, plus on va établir un rapport de force, l’humilier en le punissant ou en se moquant de lui, plus on va détruire en lui le début de la construction de sa personnalité, son image de lui-même, sa confiance en lui, son autonomie.

Plus les parents vont être présents, calmes, patient, plus ils vont pouvoir entourer leur enfant en lui disant : « je comprends que tu sois frustré, en colère, ou jaloux, je suis là », plus l’enfant va s’apaiser et une fois la colère atténuée lui dire par ex. d’une voix douce et si possible avec un contact tendre : « je comprends que tu sois en colère, de ne pas encore réussir à faire telle ou telle chose tout seul, en grandissant tu y arriveras. Ou « cela je ne peux pas te le donner pour telle ou telle raison. » L’enfant se sentira compris ce qui est essentiel. Pas de grand discours, peu de mots, des phrases très simples mais qui vont apaiser, sécuriser l’enfant. Ce n’est évidemment pas parce qu’il hurle qu’il obtiendra ce qu’il veut, sinon il pourrait devenir tyrannique.


Le problème de la violence ordinaire éducative est un problème immense qui nécessite les forces de tous les acteurs de la société pour que les comportements évoluent car beaucoup de parents ne savent pas faire autrement et pour un certain nombre d’entre eux il est tout à fait normal de crier, s’énerver, secouer, fesser leur enfant.

Une de nos graves erreurs a été de croire que le cerveau de l’enfant était une structure solide pouvant supporter toutes sortes de stress. La science a prouvé qu’il n’en est rien. Leur cerveau en pleine croissance durant les premières années de vie est extrêmement vulnérable au stress. De mauvaises pratiques éducatives peuvent altérer le fragile équilibre hormonal et émotionnel de l’enfant. Les adultes ne peuvent épargner à l’enfant les inévitables souffrances que la vie engendre mais ils peuvent renforcer les systèmes régulateurs de stress et d’anxiété de son cerveau.

Accueillir et consoler un enfant qui se réfugie auprès de nous revient à préparer son futur équilibre mental et affectif. Etre parent peut être une formidable occasion de progresser en nous demandant comment
approfondir notre vie affective avec nos proches et la rendre plus riche, plus douce, ccomment entrer réellement et intimement en contact avec eux.

Si on y parvient être parent est un vrai bonheur."


Lire le compte rendu

ou passer par le *lien=http://www.oveo.org/index.php?option=com_content&view=article&id=194:decembre-2009-deux-nouve lles-marraines&catid=30:lassociation&Itemid=44*/lien*
Edité par csv, le 27/01/10 à 08:55

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