Conflits Sans Violence

Refuser la violence, dénouer le conflit

Mouvement pour une Alternative Non-violente - RODEZ
19/04/2019 n 12:28
RELATIONNELn Article n°19.1 n 11/03/10 n 19:41 n Editeur : csv
14 mars 2010
Thomas d'Ansembourg : à la découverte de la
communication non violente



Thomas d’Ansembourg, auteur du livre : "Cessez d’être gentil, soyez vrai !", qui vient d’être réédité, raconte comment il en est venu à s’intéresser à la Communication Non Violente, thème central de son livre :

-


"J’ai eu la chance de grandir dans une famille aimante, avec des parents responsables et chaleureux ; toutefois j’étais très sensible aux conflits, au ton qui monte, à la porte qui claque, et je me suis interrogé très tôt sur ce qui fait que des êtres qui s’aiment et sont capables de se manifester tant d’amour sont aussi incompétents pour traverser les différents et éviter que le différent ne dégénère en conflit. J’ai voulu contribuer à la gestion des conflits, et comme je n’avais aucune idée à l’époque de la nonviolence ni du travail thérapeutique, j’ai étudié le Droit et ai commencé ma vie professionnelle comme avocat, 5 ans au barreau et ensuite une dizaine d’années comme conseiller juridique.

J’ai été amené à résoudre un nombre important de conflits et j’ai constaté que l’avocat ou le juriste interviennent en aval du conflit ou du moins quand celui-ci est déjà né.
Le conflit est un malentendu qui naît d’un « mal exprimé » et d’un « mal écouté » : les gens n’ont pas appris à bien s’exprimer ni à bien écouter. Nous avons besoin d’apprendre à s’écouter soi, à bien nous exprimer mais également à écouter l’autre, à le laisser s’exprimer. J’ai alors réalisé que rien dans mon éducation ne m’avait appris à bien exprimer mon ressenti et mes besoins, ni à écouter ce que l’autre ressent et ses besoins.

J’étais devenu un technicien du droit, soit une personne qui n’avait aucune maîtrise de la relation humaine au delà de ma bonne éducation et de ma gentillesse. J’ai fait le constat de mon incompétence en la matière.

J’ai pris conscience de ce que ce métier ne m’apporterait jamais de satisfaction profonde car il n’était pour moi qu’en périphérie de l’humain pas au cœur de celui-ci, et, tout en le maintenant pour des raisons alimentaires évidentes, je me suis engagé avec passion dans le bénévolat en devenant un des principaux animateur d’une association qui s’occupait de jeunes en difficultés.

Cela paraissait une simple occupation sociale pour les fins de semaine et les vacances mais elle s’est révélé une expérience décisive dans ma vie. Je me suis occupé de cette association « Flics et Voyous » durant 10 ans. Ce qui m’a d’emblée touché, c’est que bien que venant d’une famille traditionnelle bourgeoise, éduqué dans la tradition chrétienne et ayant mon diplôme d’université en main, je partageais avec eux qui n’ont pas de famille ni d’éducation un point commun : celui de ne pas posséder les mots nécessaires pour exprimer la solitude, le désarroi, la souffrance et ou la révolte, ni ceux pour énoncer le besoin d’avoir une place, d’être reconnu, de trouver son appartenance, du sens aux choses, en somme les besoins basiques de la vie.

Les jeunes dont nous nous occupions n’ont pas la conscience ni le vocabulaire pour formuler tout cela. Ils passent à l’acte de la violence et revendiquent leur place au couteau, manifestent leur désarroi par les tags ou en cassant les vitrines, le rejet d’eux-mêmes par la drogue, la violence sur soi par l’anorexie, etc Eh bien, je n’étais pas plus outillé qu’eux pour transformer mon mal-être occasionnel en demandes claires et négociable. Quand je n’allais pas bien, je ne pouvais que soit me replier sur moi dans une bouderie rebelle ou romantique, convaincu que personne ne me comprendrait jamais, soit exploser en critiques ou jugements sur l’autre. Je savais à l’occasion « balancer » leurs quatre vérités aux autres mais pas leur dire simplement et clairement la vérité de ce qui se passait en moi.

Bien que vivant dans un tout autre contexte social que ces jeunes, je n’étais pas plus à l’aise qu’eux pour nommer les enjeux de ma vie intérieure, affective, émotionnelle : pas plus de mots, pas plus de conscience.

Mon métier me permettait de défouler mon agressivité de manière très codifiée : comme avocat, cela faisait même partie du jeu. Mais sur le fond, je n’avais pas de maîtrise de ma vie émotionnelle ; c’est plutôt elle qui avait emprise sur moi… J’ai donc pris conscience que je devais réaliser un travail sur moi-même pour me comprendre et après bien des hésitations (consacrées à dépasser la croyance : n’est-ce pas égoïste de s’occuper de soi quand tant de gens ont besoin d’aide… ?), j’ai entamé une thérapie.

J’ai choisi la voie la plus classique, la psychanalyse freudienne, ce qui s’est révélé un bon choix pour moi ; cela m’a permis de réaliser un travail en profondeur. Mon analyse a duré six ans à raison de trois séances par semaine.

Ce fut un travail intensif et un investissement en temps et en budget mais je ne le regrette pas un instant, c’est sans aucun doute le meilleur investissement de ma vie.

En cours d’analyse, j’ai rencontré le psychanalyste jungien Guy Corneau et je me suis formé auprès de lui. J’ai participé à quelques ateliers, ensuite l’amitié s’est installée. Il m’a proposé d’être son assistant ; j’ai beaucoup appris en le voyant faire, comme l’apprenti qui, au cours de son compagnonnage, observe le maître et affine sa perception en acceptant de ne pas tout comprendre tout de suite. (Aujourd’hui nous sommes de grands amis : il est le tonton québécois chéri de mes trois filles !) Peu à peu, en posant les questions, j’apprenais par l’expérimentation.

J’ai ensuite rencontré Marshall Rosenberg et la communication non violente , là aussi j’ai énormément appris en le voyant procéder. Dès la première matinée d’un stage de 4 jours, réalisé avec Marshall Rosenberg, j’ai eu l’impression que l’axe de ma vie accomplissait un tour de 180 degrés à l’intérieur de moi-même : j’avais trouvé l’axe que je voulais, cette façon de s’écouter sans se juger, avec une approche rigoureuse et clarifiante , j’étais très ému et je ne cesse de goûter cette joie à l’enseigner aujourd’hui.

Enfant, j’avais souffert des catégorisations du style « tu penses ça parce que tu es issu d’une famille aristocratique chrétienne » etc. Je n’avais pas le droit à la parole pour moi-même, j’étais toujours enfermé, réduit à une étiquette. J’étais révolté de ne pas être entendu en tant que personne et cela me liait aux jeunes de la rue, étiquetés eux aussi. Souvent je me suis senti rejeté avec le même désagrément. La communication non violente m’a d’emblée touché : elle nous invite à nous rencontrer au-delà des étiquettes et des apparences, de cœur à cœur, dans nos besoins, nos sentiments, notre élan de vie."

Source : éditions de l'homme

Site de Thomas d'Ansembourg











Edité par csv, le 14/03/10 à 08:54

Commenter l'article 19 g 0 commentaire(s)
ESPACE REDACTION
Identifiant : Mot de passe:
RECHERCHE
Dans la rubrique >
Sur tout le site >



Rejoignez le MAN Aveyron sur les réseaux sociaux

-

Page Facebook du MAN Aveyron








Se former à la régulation non-violente des conflits, c'est possible :

-

Programme des stages individuels proposés par l'IFMAN sud-ouest





"Une expérience en Aveyron à l'écoute des enfants"

-


Télécharger le document (3 Mo)




-

Ce site a été développé et est hébergé par l'association ""Naucelle Web Site"

Google


conflitssansviolence.fr
www
1449 articles
sont en ligne
sur le site
COURRIER n © Conflits Sans Violence 181180

Système Interactif Rédactionnel et Editorial * SIRE v2 Evo * © Hubert Plisson 2004-2007 *  Naucelle Web Site