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21/03/2019 n 13:38
SOCIALn Article n°21.1 n 11/02/09 n 07:50 n Editeur : csv
Sébastien Bohler
L'information que nous recevons peut-elle, à notre
insu, nous manipuler ?

mai 2009

Une bonne information est indispensable à la citoyenneté et à la démocratie. La "culture de la non-violence" passe également par une vision la plus juste, la plus honnête et la plus impartiale possible des enjeux de la violence et de la non-violence dans notre regard sur l'actualité.

L'article qui suit pose la question : "L'information que nous recevons peut-elle, à notre insu, nous manipuler ?" : le neurobiologiste Sébastien Bohler analyse dans "le Temps" les mécanismes en jeu dans la tête du consommateur d’information.

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S. Bohler, neurobiologiste et journaliste scientifique, le pense. Et l’explique à grand renfort d’arguments scientifiques dans son livre : "150 petites expériences de psychologie des médias", pour mieux comprendre comment on vous manipule.

«Globalement, les gens croient ce que les médias leur disent», constate Sébastien Bohler. Une expérience a ainsi montré que des jurés auxquels on donnait des coupures de journaux sur l’affaire dont ils s’occupaient, étaient autant influencés par ces articles que par les pièces à conviction. Ils prononçaient des peines plus graves après avoir lu des articles négatifs.

Une étude montre que les consommateurs d’informations considèrent comme crédible une nouvelle qui a été traitée dans plusieurs médias. C’est que, explique le neurobiologiste, lorsque nous n’avons pas les éléments pour nous faire une idée sur un sujet, nous nous rallions à l’avis de la majorité. C’est ce que l’on appelle l’heuristique de majorité. Alors que si une information paraît dans un seul support, on s’interroge sur sa véracité. Ce mécanisme produit des effets redoutables lorsqu’il est alimenté par un autre : la tendance de la presse à faire de la surenchère sur certains sujets chauds. «C’est de cette manière qu’est née l’affaire d’Outreau: il y a eu un emballement de l’info, avec parfois des éléments complètement inventés – la TV a évoqué un meurtre qui n’a jamais existé –, et la majorité a été gagnée par la croyance que la société était envahie de pédophiles.»

Ce phénomène a encore été amplifié par la peur suscitée par ces évènements. Car les émotions, en particulier la peur, font diminuer le filtre cognitif. «Le cortisol (ndlr: une hormone libérée sous l’effet du stress), envahit la zone antérieure de notre cerveau et paralyse notre capacité à remettre en cause ce que l’on a vu ou lu !» Un processus auquel notre espèce doit certainement sa survie car, lorsqu’il y a un doute sur la présence d’un danger, mieux vaut fuir, même à tort. Si cette peur qui nous obscurcit le cerveau entre en résonance avec des croyances ou des craintes enfouies dans l’inconscient collectif, cela peut déboucher sur une perception faussée de la réalité. «On se trouve face à des bulles médiatiques qui répètent en boucle une information anxiogène, sans rapport avec une augmentation statistique des faits. Comme les chiens tueurs, les enfants abandonnés dans les voitures, les patients décédés dans les couloirs des hôpitaux. Cela peut provoquer une véritable psychose collective

Par ailleurs, un principe d’économie cognitive veut qu’il soit plus facile pour le cerveau de ranger un sujet nouveau dans une catégorie ancienne. «Il est plus facile de ranger une information dans une catégorie déjà créée, cela donne un sentiment d’aisance et de bien-être. Ce qui explique notre tendance à consommer une information déjà vue ou lue

Les images augmentent encore la portée de ces phénomènes. «Lorsqu’un journaliste s’applique à faire des schémas ou à montrer des images explicatives sur la grippe aviaire, les poulets incinérés, les malades dans les hôpitaux, il accrédite la thèse de l’épidémie. Alors qu’il n’y a eu que quelques décès dus au H5N1 dans le monde et aucun cas de malades chez nous, les gens se sont précipités sur le Tamiflu!» Cela a bien sûr un impact social et politique. Les chercheurs constatent ainsi que les grands consommateurs d’informations surestiment parfois d’un facteur 50 les dangers d’agression. Et que des personnes exposées à des informations sur le terrorisme jugent des petits délits avec deux fois plus de sévérité que ceux qui n’ont rien vu ou lu sur le sujet.

La télévision exerce une fonction un peu particulière: la succession des images et le débit rapide du journaliste accentuent son pouvoir hypnotique. «Le cerveau doit fournir un gros travail pour assimiler une information rapide, mais il est grandement facilité si le sujet pense qu’elle est vraie. Si bien que plus on réduit le temps permettant d’assimiler une nouvelle, plus le téléspectateur pense qu’elle est vraie.» Le timbre de voix est également important: plus il est bas, plus le présentateur est crédible.

Dans une note plus joyeuse, Sébastien Bohler s’interroge aussi sur les raisons du succès des nouvelles liées aux people. «Le neuropsychologue anglais Robin Dunbar observe que, pendant 99% de son histoire, l’homme a vécu dans des clans de 150 personnes au maximum. Les gens entre eux parlaient les uns des autres, en particulier des absents. Ces ragots étaient très importants, ils permettaient de déceler les brebis galeuses et de savoir à qui faire confiance. Aujourd’hui, les commérages sur la communauté qui nous ont longtemps accompagnés sont remplacés par les chroniques people. Les gens qui s’y intéressent ont d’ailleurs des connaissances sur 100-150 personnes. Cela explique que l’on se sente mieux après avoir lu ce type d’information même si l’on n’a rien appris.»

150 petites expériences de psychologie des médias, Sébastien Bohler, Ed. Dunod.
Le Temps – Suisse- 09/02/09 - Marie-Christine Petit-Pierre

Edité par csv, le 01/05/09 à 19:50

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